Cette remarquable sculpture burbur présente une tête très allongée, dotée de quelques traits faciaux stylisés, légèrement en saillie sur une surface lisse arrondie. Un bandeau horizontal marque la transition entre le visage et la décoration du haut de la tête, tandis qu’une bande verticale descend sur près des deux tiers de la sculpture pour dessiner le nez. Ce motif est souligné par d’élégantes lignes descendantes, légèrement curvilignes, qui s’interrompent pour marquer le pourtour des yeux, ronds et protubérants, mais se prolongent en une forme d’oiseau (qui ressemble à ceux des Sulka) accompagnée d’une ligne intérieure dentelée. Le bandeau de la tête est équilibré par une petite bouche incurvée vers laquelle descend une ligne peinte partant de l’arrière de la sculpture. En combinant ces traits sculpturaux minimalistes et des lignes noires très épurées, l’artiste crée une figure humaine d’une élégance surprenante, dont l’imagerie renvoie à un monde situé au-delà de celui des hommes. Cette sculpture est considérée comme une représentation de l’esprit féminin burbur (buru buru ?), ce qui est assez troublant compte tenu de son allure générale très phallique. La partie inférieure était probablement enfoncée dans le sol, mais la partie supérieure arrondie, ornée de motifs noirs, permet difficilement de penser qu’il s’agissait d’un simple poteau. Chinnery signale des sculptures semblables en 1924 dans la région de Moewehafen, près d’une maison des hommes et à côté d’une autre sculpture, et, plus récemment, un exemple a été signalé en 1987 par Loed Van Bussel dans une grotte de la côte de Mengen. La provenance indiquée dans les notes de Phebe Parkinson est le cap Dampier ; c’est ce qui a permis de l’attribuer aux Arawé, mais cette attribution, comme beaucoup d’autres, est sujette à caution. Visage ou phallus, représentation de la fécondité ou évocation de forces surnaturelles ? Peut-être l’artiste avait-il une tout autre intention, mais il serait étonnant que ces interprétations n’aient pas aussi leur part de vérité.