Bouclier

Bouclier

Ce bouclier est unique en son genre. Il est sculpté dans un bois mi-lourd, jadis polychrome, mais aujourd’hui toute la surface est recouverte d’une patine croûteuse noire, semblable au dépôt de la suie. Les yeux du personnage sont en métal. La pointe de la partie inférieure est l’extrémité d’une corne de buffle d’eau. La face interne n’est pas décorée, mais elle comporte une large poignée dégagée dans la masse du bois. Par analogie stylistique avec des statuettes apparues depuis 1972 sur le marché des antiquités, il est hors de doute qu’on doive l’attribuer à la petite île d’Ataúro ou Ataoro, non loin de la côte nord-est de Timor. Il est assez différent des boucliers de Wetar, l’île la plus proche d’Ataúro, construits suivant un concept que le père Duarte déclare avoir été appliqué dans l’îlot (une peau de chèvre tendue sur une armature de bois). Ces boucliers se nommaient kle-hili.

Un marchand américain a écrit qu’il avait acquis cette pièce à Timor en 1980 [1]. Cette déclaration est surprenante. La pièce, en effet, a été vue à Bali en 1977. Puis, dès 1979, elle était dans les mains d’un antiquaire belge. En 1981, elle se trouvait à San Francisco, confiée à un autre marchand. Et finalement, en juin 1982, elle put être incorporée dans les collections Barbier-Mueller. Antonio Casanovas, de Madrid, possède une photo prise en Indonésie où l’on voit ce bouclier à côté d’une statuette d’Ataúro. Cet informateur s’est rendu dans l’île, où on lui a dit que ces boucliers étaient la propriété de magiciens qui, grâce à eux, pouvaient se rendre invisibles et voler dans les airs. Finalement, le père Duarte a bien décrit les habitudes guerrières des Ataúro. Leurs armes offensives étaient une sorte de machette, la lance, le poignard, l’arc et les flèches. Contre ces dernières, un si petit bouclier, si étroit, ne devait pas protéger sérieusement son porteur.

[1] Tavarelli 1995, p. 20.