Portrait

Portrait

La tête montre un visage ovale coiffé de cheveux coupés ras figurés par une multitude de petites incisions sillonnant le crâne par ailleurs défoncé à l’arrière. L’arcade sourcilière régulière, simplement signalée par un décrochement, rejoint la base du nez dont la droite verticalité contraste avec le tracé horizontal de la bouche et les rides du front juste ébauchées. Ces dernières ainsi que l’iris et la pupille des yeux et les rides du cou ont à l’évidence été gravés après la fonte, sur le métal froid. Dès l’époque d’Hadrien (76-138), les yeux sont coulés lors de la fonte et non plus ajoutés ultérieurement et de matériaux différents. L’iris est dès lors gravé sous la forme d’un cercle mangé par la paupière supérieure. Quant à la pupille, elle est rendue par un trou plus ou moins grand ou par une cavité en forme de crochet ou de haricot. À partir de la fin de la période des Sévères (235), elle se réduit à un évidement sommaire de forme circulaire. Elle est ici signalée par une sorte de virgule inversée.

Dans un souci de « vérisme », l’artiste choisit de représenter sans complaisance les irrégularités et asymétries du visage, accordant un soin particulier au rendu des rides s’ouvrant comme des parenthèses de part et d’autre de la bouche.
Le regard de l’homme, ses joues plutôt creuses ainsi que les coins légèrement tombants de sa bouche expriment un caractère grave voire anxieux. Cette formule ainsi que le rendu de la chevelure suggèrent une datation approximative vers le milieu du IIIe siècle après J.-C.

La littérature récente souligne l’importance de la pratique consistant à resculpter des portraits existants en marbre. Cette pratique prend de l’ampleur autour de 250, en s’intensifiant sous le règne de Gallien (253-268), dont les portraits ont presque tous été réalisés à partir de portraits julio-claudiens ou d’Hadrien. Encouragée par la pénurie de matériel et les difficultés économiques, cette pratique ne concerne en effet plus seulement les portraits d’empereurs frappés de damnatio memoriae. Apparemment séduits par leur expressivité en plus de leur commodité, les sculpteurs du milieu du IIIe siècle commencent à utiliser, de façon délibérée, certains traits nés de considérations techniques, lors du façonnage d’un portrait à partir d’un original ancien. Ces traits comprennent des yeux assez enfoncés surmontés de paupières supérieures, des arcades sourcilières archées, ainsi que des oreilles en saillie. Ces caractéristiques entrent dans le vocabulaire stylistique courant et deviennent standards dans l’art de l’Antiquité tardive. La pratique consistant à resculpter un portrait existant influence donc le style des portraits en marbre mais aussi indirectement celui des effigies en bronze qui adoptent à leur tour ces caractéristiques. Les sculpteurs de bronze suivent ainsi la tendance générale, en s’inspirant d’ailleurs peut-être directement de portraits en marbre retravaillés à partir d’originaux plus anciens.