Masque facial

Masque facial

Ce masque de volatile évoque le « Corbeau », l’oiseau mythique célébré par les Tlingit, les Haïda et les Kwakiult comme le Créateur, celui qui libéra le soleil de la boîte dans laquelle il était enfermé, celui qui fit sortir le premier homme d’un coquillage. Cette figure apparaît dans tous les arts relatifs inspirés des croyances et rituels puisque le Corbeau constitue le totem des individus du clan du même nom (les sociétés Tlingit et Haïda sont divisées en deux moitiés, les Corbeaux et les Loups ou les Aigles) ; ce dernier assume aussi le rôle de guide et d’auxiliaire du chaman. Ainsi, sa silhouette se dessine sur les sublimes mâts totémiques, sculptures bidimensionnelles considérées comme l’œuvre prépondérante des peuples de la Côte Nord-Ouest. Le motif du Corbeau apparaît de même dans la pratique de la ronde bosse par la réalisation de divers objets rituels, comme les hochets et les masques. Parmi les types variés de masques produits dans cette région, dévolus aux prestigieux potlatch (festivités grandioses) ou aux rites chamaniques, celui représentant le Corbeau Créateur tient une place de choix et se décline en de nombreuses variantes selon les traditions sculpturales et picturales inhérentes à l’origine du sculpteur.

L’exemplaire de la collection Barbier-Mueller semble appartenir à la tradition Haïda. Remarquablement proportionnés, les traits stylisés et réduits à leur plus simple expression donnent à ce masque toute sa force expressive. L’objet se divise en deux ensembles imbriqués, l’œil perforé niché dans une concavité surmontée d’un épais sourcil et le bec aigu mu par un mécanisme permettant son ouverture puis la découverte de langue insérée à l’intérieur, elle-même amovible. Généralement, ce système pouvait être actionné par le porteur du masque à l’aide d’une ficelle fixée à l’arrière du masque. Une polychromie rigoureuse souligne les volumes, couvrant de rouge les bords des deux parties du bec, la langue mais aussi la crête de l’oiseau ; des vestiges de bleu indiquent que la teinte était appliquée autour de l’œil et au-dessus des sourcils, rehaussant les autres tons.

Chez les Haïda, occupant l’archipel de la Reine-Charlotte, seuls les personnages de haut rang étaient autorisés à revêtir les masques et ce uniquement lors des danses cérémonielles Dhuwlaxa (« retour du paradis ») célébrant l’ascension des ancêtres mythiques vers les cieux et leur retour sur terre. Bien que le peuple Haïda n’ait produit que peu de masques en comparaison des Tlingit voisins, ceux-ci ont fasciné les premiers explorateurs européens par leur esthétique et l’ingéniosité des mécanismes permettant leur mouvement ou leur transformation.

Bibl. : F. de Laguna, 1977 ; A. Jonaitis, 2001.