Cimier de danse

Cimier de danse

Deux longs pans en fourrure d’hermine immaculée forment une cape encadrant le frontal de ce précieux cimier cérémoniel tlingit. Tous les composants de cet ornement extraordinaire exaltent le sacré et la fortune. En effet, la composition bidimensionnelle est incrustée de petites plaques d’haliotide (coquillage nommé aussi abalone), tandis que son bord supérieur est orné de plumes et de barbes de lion de mer. Cette plaque de bois rectangulaire sculptée en très haut relief présente une figure principale surmontant un sujet secondaire dont la signification ne peut être interprétée hors du contexte socio-culturel tlingit. Le Dr Margaret A. Stott y distingue une forme d’oiseau humanoïde muni de pieds et de mains surplombant une figure de bouquetin. Certains ont considéré la représentation principale comme l’image d’une marmotte. La signification de la structure en croix qui enjambe le ventre de « l’oiseau » reste mystérieuse. Les deux figures sont peintes de noir, bleu, vert et vermillon, couleurs caractéristiques des Tlingit. Les « pattes », les yeux, les dents de la figure centrale sont embellis de morceaux d’haliotide aux reflets bleus nacrés. Les sculptures en haut-relief des panneaux frontaux comme celui-ci évoquent généralement des animaux surnaturels en relation avec l’histoire mythologique de la famille propriétaire du cimier. Souvent, ces compositions comprennent les totems de la famille.

Le cimier de danse constitue l’objet le plus précieux et chargé de sens de la production matérielle dédiée au cadre cérémoniel. Selon le Dr Margaret A. Stott, l’exemplaire prestigieux de la collection Barbier-Mueller, devait certainement à l’origine appartenir aux chefs tlingit de haut rang. Bill Holm définit d’ailleurs le cimier comme l’objet exprimant au mieux l’idée de rang et d’hérédité, les notions de pouvoir surnaturel, de drame et d’esthétique. Parfois décrit comme l’instrument dont se revêt le chaman, le cimier possède surtout des qualités cérémonielles et ostentatoires. Il est exhibé par ses propriétaires lors des cérémonies hivernales nommées potlatch (terme chinook) ; au cours de celles-ci, les chefs entourés de leurs proches font étalage de leurs richesses renforçant ainsi leur prestige. Des privilèges sont distribués à cette occasion, incluant l’utilisation de motifs et de chants. Pour souhaiter la bienvenue aux invités conviés au potlatch, des danses sont exécutées par les chefs eux-mêmes, vraisemblablement coiffés de leur cimier.

Bibl : P. Stone, 1977 ; B. Holm, 1986 ; Dr M. A. Stott, 1986.