Pot de l'esprit Mbirhlen'nda

Pot de l’esprit Mbirhlen’nda

Phénomène caractéristique, les récipients Mbirhlen’nda se trouvent au centre des enclos rituels, face aux entrées. Après l’effondrement d’un autel, certains récipients Mbirhlen’nda ont parfois pu être sauvés et placés au cœur d’anfractuosités rocheuses, où ils pouvaient assumer leurs positions protectrices. Le présent modèle a été successivement photographié par Arnold Rubin en 1970, et par moi-même en 1981 dans les collines de Xwerwire, situées dans le centre ga’anda de Dingai. Les aînés, qui m’ont accompagnée sur le site en 1981, m’ont expliqué le rôle particulier de Mbirhlen’nda. Cet esprit protège les humains contre Shuuta — l’une des forces destructrices de la nature —, qui exerce des représailles sur les malfaiteurs. Lorsque l’on provoque son ire, Shuuta « traverse le ciel en trombe », déchaîne les tempêtes et détruit tout sur son passage [1]. Sa vengeance est terrible parce qu’elle ne vise pas seulement les offenseurs. Face aux foudres de Shuuta, Mbirhlen’nda joue un rôle protecteur, et les offrandes qu’on lui apporte régulièrement contribuent à préserver du danger l’ensemble de la communauté. Ce Mbirhlen’nda de Dingai possède toutes les caractéristiques de la divinité. Il fait partie d’un sous-groupe de spécimens, dont le modelage atteint un haut degré de raffinement. La faculté de cet esprit à agir au nom de la communauté dingai dépend des parallèles visuels qu’il présente avec ses homologues humains, notamment au travers des transformations physiques et des ornementations qui marquent le passage à l’âge adulte des jeunes gens — hommes et femmes. Les rangées d’incisions en creux et en relief qui descendent jusqu’au bas de la panse de ce pot Mbirhlen’nda reproduisent des motifs appartenant à la cinquième et avant-dernière étape de scarification des jeunes filles, appelé njoxtimta. L’instrument qu’il tient dans la main droite est la hache de la danse (wurta). C’est celle que portent les jeunes filles à la fête qui célèbre le hleeta, le programme complet des scarifications. En revanche, la rangée de boutons au sommet de la tête évoque le topro, coiffure arborée par les jeunes gens après leur initiation, appelée sapta [2].

[1Cf. Hammandikko et Berns 1980, p. 9. C’est un Ga’anda, Musa Wawu na Hammandikko, qui a écrit cette histoire du peuple Ga’anda en 1971, que j’ai traduite à mon tour du hausa en anglais. Elle relate des chroniques et des croyances locales. Cf. également Berns 1986, p. 49-50 pour des références concernant ce même récipient Mbirhlen’nda.

[2Pour un plus ample débat sur le hleeta ga’anda ainsi que sur l’initiation des filles et des garçons, cf. Berns 1988.