Pot d'ancêtre

Pot d’ancêtre

Cet imposant wiiso, qui renferme l’esprit d’un chef yungur (gubo) décédé, a été conservé dans le plus important enclos rituel (xidwiisoguno) maintenu sur le site sacré de Diterra à flanc de coteau. Mêlé à d’autres wiiso brisés ainsi qu’à des emblèmes en fer, il semble provenir, tout comme les autres objets, de Mukan, patrie mythique yungur. Les chefs et les aînés yungur ont situé Mukan quelque part au nord des Ga’anda Hills, lieu où ils ont cessé leur migration depuis les monts Mandara, le long de la frontière qui sépare le Nigeria du Cameroun [1]. Au cours de mon étude sur le terrain en 1981, j’ai rassemblé des informations sur ce wiiso ainsi que sur quatre autres pièces « Mukan » préservées dans le sanctuaire de Diterra. Sur le plan stylistique, les spécimens de Diterra sont liés à un certain nombre de wiiso et de têtes brisées amassés à Waltandi. Le présent récipient, traditionnellement appelé « Mukan », est plus grand et plus naturaliste que la plupart des wiiso d’ancêtre documentés à travers la région yungur. Sa tête, surtout vue de profil, dénote l’attention tout à fait unique que l’auteur a portée à la structure anatomique, notamment en ce qui concerne la courbure du front, des joues et de l’occiput. Les yeux, le nez, la bouche et les oreilles sont semblables sur toutes les pièces, de même que la barbe triangulaire saillante et la texture nervurée du cou. De longs bras contournent l’épaule du pot puis descendent de chaque côté de l’ombilic. L’exemplaire Barbier-Mueller se révèle assez atypique par certains détails sculptés, notamment les rangs de motifs en relief cernant le cou, et les décors qui couvrent le large torse. Ces incisions reproduisent une partie des scarifications réalisées en plusieurs étapes sur le corps des jeunes filles, dont l’ensemble porte le nom de .

[1Les Yungur, qui parlent l’adamawa, ainsi que leurs plus proches voisins linguistiques, occupent probablement la vallée de la Gongola depuis des centaines d’années, voire plus. Ce sont des peuples de langue tchadique qui ont migré dans la région par l’est, et leurs parents linguistiques vivent encore dans les monts Mandara, à la frontière du Nigeria et du Cameroun. Comme il est probable que Mukan corresponde à un inselberg du nom de Mokwar, situé près de l’actuelle ville de Ga’anda, les Yungur ont pu assimiler leurs propres origines historiques à celles des Ga’anda. Cette localisation des origines à l’« est » fait également référence à l’islamisation et à La Mecque.