Pipe royale avec un foyer en céramique

Pipe royale avec un foyer en céramique

L’histoire de cette pipe royale est intéressante, car elle témoigne de la relation entre le roi des Bamum, Ibrahim Njoya, et l’administration coloniale allemande. Njoya, qui avait choisi de s’entendre avec les Allemands, était parvenu à maintenir un certain degré d’indépendance au sein du contexte colonial. Il échangeait des présents avec eux, notamment avec le capitaine Hans Glauning, chef du poste militaire de Bamenda, chargé d’administrer le royaume Bamum. Glauning réprimait les transgressions de marchands allemands et soutenait le roi contre ses ennemis. Avec l’aide des troupes bamum, il lança une expédition contre les Nso en 1906, et remporta la victoire. Au cours d’une bataille précédente, dans les années 1885-1887, les Nso avaient écrasé les armées bamum et tué Nsangu, le père de Njoya, dont ils avaient gardé la tête. Grâce à Glauning, Njoya put la récupérer. Pétri de reconnaissance, il offrit cette pipe à l’officier, ainsi qu’un tabouret perlé. La pipe est l’œuvre d’artistes du petit royaume de Marom, spécialisés dans la poterie, mais aussi du royaume de Nguot, célèbres pour leurs objets en bois et en bronze. Après avoir vaincu les deux royaumes, les Bamum les avaient intégrés dans leur état et s’étaient approprié leurs artistes. Le fourneau de la pipe représente une tête d’homme avec des yeux ronds, des sourcils incisés et un nez aux narines évasées. Les joues prononcées — typiques des œuvres bamum — peuvent faire allusion au roi Mbuembue, qui a régné durant la première moitié du 19e siècle, et que l’on qualifiait de « géant » mafflu. Il existe une autre explication d’ordre technique : l’hypertrophie des joues permettait à la pipe de tenir en équilibre lorsqu’elle était exposée. La coiffure ajourée présente au centre une icône de lézard ou de crocodile, et trois configurations similaires de chaque côté. Si le motif du lézard était associé aux princes, le crocodile fait allusion au roi. Un fin motif ondulant, susceptible d’être interprété comme des « entrailles de poulet » ou un serpent stylisé, orne le bord du fourneau. Des figures masculines en bronze, dont les coiffes révèlent le statut élevé, forment la tuyère. Cette configuration — un étagement de personnages — rappelle les piliers anthropomorphes en bois qui ornaient le palais bamum avant qu’il ne soit incendié en 1913. Appelés « arbres de personnes » dans le langage bamum, ils évoquaient l’opulence des gens et la richesse de cette monarchie. Les pipes aussi grandes et aussi ouvragées étaient des objets d’apparat.