Pichet figuratif

Pichet figuratif

Cette tête de femme présente un crâne allongé. On parvenait à une telle déformation en ligaturant la tête d’un bébé avec des bandes de raphia durant la première année de sa vie. Cet usage mangbetu a parfois été comparé à certaines traditions pharaoniques — notamment sous le règne d’Akhenaton, il y a quelque 3500 ans (Kjersmeier 1937, p. 31-32). D’abord courante chez les nobles mangbetu, cette pratique a été reprise par les roturiers et certains groupes voisins. La plupart des auteurs considèrent qu’il s’agit d’un choix purement esthétique. Les yeux bridés — conséquence de la compression de la tête — passaient également pour une caractéristique séduisante (Lagercrantz 1941, p. 150-156 ; Lelong 1946, I, p. 68-70). Cependant, il a été envisagé une finalité pratique de la déformation crânienne, censée servir de protection contre la sorcellerie (cf. Barley 1995, 160 note 99 ; Mack [éd.] 2000, p. 157-160). Pour obtenir une coiffure évasée en forme d’entonnoir, il fallait tirer les cheveux de la femme en arrière et les fixer autour d’une structure en vannerie. Ce savant arrangement porte le nom de tamburu : « C’est l’affaire de toute une matinée que d’élaborer cette structure dans toute sa gloire » (Burrows 1898, p. 84). Ici, l’expression de la face est à la fois sereine et altière. Les yeux sont pratiquement clos, et la bouche légèrement ouverte révèle une rangée de petites dents façonnées. La surface présente un décor à la roulette ainsi que des incisions. Chez les pots anthropomorphes mangbetu, il n’existe pas deux motifs faciaux identiques.