Bol à pied

Bol à pied

La décoration de ce grand bol en terre cuite est d’une extrême beauté. L’angle aigu créé par le bord inversé est accentué par une rangée de petits boutons. Au-dessous de cette arête, des parallèles peignées, imprimées en profondeur, entourent l’épaule du récipient. Les cannelures de cette bordure au tracé impeccable passent brusquement de l’horizontale à la verticale pour aboutir sous les deux anses (à la largeur desquelles elles s’adaptent parfaitement). Aussi a-t-on le sentiment que c’est l’ornementation qui soutient la structure. Avec beaucoup de sensibilité, l’artiste a modelé les anses de façon à ce qu’elles correspondent au pied élevé du bol, et qu’elles entraînent le regard jusqu’à leur extrémité à l’endroit où la courbure des lignes parallèles forment un triangle, en harmonie avec le profil du récipient. Le violent contraste entre la rigidité des parallèles et la douceur de la surface du bol est tempéré par la délicatesse des lignes ondulées qui zigzaguent gaiement autour de la panse. Des segments de ces stries superficielles délimitant des séquences de motifs en pointillé accrochent la lumière et donnent du mouvement à l’ensemble. Ce décor improvisé, qui penche en bas vers la gauche, répond à l’asymétrie créée par la présence d’un tenon unique. La dynamique générale de ce récipient est encore soulignée par la décoloration de l’argile. De ce point de vue, les surfaces foncées des deux côtés du pot se font écho et semblent estomper le profil puissant du récipient, comme pour en défier l’intégrité. La complexité visuelle de ce bol ancien témoigne de la grande maîtrise de l’artiste, mais aussi d’une philosophie sophistiquée sous-jacente : ordre et clarté semblent le céder à l’imprévisibilité de la vie et à l’arbitraire de la nature.