Visage-pendentif

Visage-pendentif

Cette douce figure d’or a été réalisée avec virtuosité selon la technique de la fonte à la cire perdue. Sa surface est constituée de fils d’or d’une grande finesse, disposés parallèlement, offrant au regard cet aspect chatoyant. On aperçoit les traces de petits trous de coulée, caractéristiques des objets de métal de la région. Les traits du visage, très stylisés, sont dessinés sobrement par les deux fentes horizontales figurant les yeux et la légère saillie du nez dont l’arête est ponctuée d’une discrète granulation. Ce motif décoratif est repris pour évoquer les scarifications en croix positionnées au centre des joues comme les lignes verticales ornant le menton. L’ovale du visage est souligné par un arc de cercle dont la courbe, joignant les coins externes des yeux, passe en dessous du nez. Par un jeu de symétrie, une autre série de demi-cercles s’emboîtant les uns dans les autres prend appui sur une ligne délimitant la partie supérieure de la figure, son front. Trois petits anneaux au sommet du visage indiquent que cet objet peut être suspendu.

Ce masque appartient à la longue tradition d’orfèvrerie dite « art lagunaire » pratiquée par la douzaine de peuples habitant la région des lagunes, au sud-est de la Côte d’Ivoire et dont on identifie non sans difficulté les variantes de style. De plus, il a toujours été courant pour les clients de faire appel à des orfèvres de renom se déplaçant d’un village à l’autre suivant la demande. Les Baule, voisins des peuples lagunaires, sont eux aussi renommés pour leurs talents de fondeurs ; les visages en or qu’ils modèlent et qu’ils fondent se distinguent, par leur naturalisme, des figures quelque peu schématisées des orfèvres lagunaires.

Les visages-pendentifs ne sont considérés comme des masques ni par les Baule, ni par les peuples lagunaires. Ces objets étaient portés par les hommes comme par les femmes en tant qu’ornements de chevelure et pouvaient surtout être fixés à une coiffe. Ils faisaient et font encore partie des spectaculaires expositions d’or, réunissant une kyrielle d’objets fondus dans le précieux métal. Seul le défaut de richesse constituait un obstacle à l’acquisition d’une pièce d’orfèvrerie telle que celle-ci. Ainsi, les ornements d’or constituaient le témoignage le plus impressionnant de l’opulence d’une famille. Un Lagunaire n’hésitait d’ailleurs pas à faire fondre les bijoux reçus en héritage pour en réaliser de nouveaux en augmentant la quantité de laiton dans l’alliage d’or.

Chez les Baule, les visages-pendentifs sont décrits comme des portraits d’amis ou d’amants tandis que les peuples lagunaires les interprèteraient comme des représentations d’ancêtres ou de rois défunts. En questionnant l’un des derniers orfèvres possédant encore le savoir-faire de ce motif, Monika Blackmun Visonà a pu baptiser ce visage-pendentif aje he me ou « compagnon ».

Bibl. : T. Garrard, 1989 ; M. Blackmun Visonà, 1993.