Tête de masque

Tête de masque

Chez les Senufo, la société masculine du poro dispose de nombreux types de masques qui, différents d’une région à l’autre, sont exhibés à l’occasion des funérailles des membres du poro mais aussi à l’occasion des cérémonies organisées au cours de trois cycles d’initiation d’une durée de sept ans chacun. Les deux masques les plus importants que possèdent les Nafara, un groupe de population senufo implanté dans le sud du territoire, sont le kagba, porté par un seul danseur et sa variante, le nasolo qui, plus grand, doit être porté par deux hommes. Ces figures masquées zoomorphes se composent d’une armature en bois en forme de tente, recouverte de couvertures ou de nattes peintes de manière ornementale. À l’avant est fixée une tête sculptée réunissant les caractéristiques de plusieurs animaux : elle comporte en effet de longues cornes d’antilopes, une gueule grand ouverte pourvue de dents ainsi que des défenses recourbées vers l’arrière. Les kagba qui datent d’avant l’iconoclasme du culte de Massa, soit d’avant les années 1950, frappent par la simplicité de leur composition, tandis que les modèles plus récents sont dotés de peintures vives et d’une riche ornementation composée à la fois de figures et de symboles.

Cette tête de kagba, vraisemblablement fabriquée au milieu des années soixante dans la région de Sinematiali, témoigne de cette évolution. Font figure d’innovations la représentation d’une tête d’animal sur la gueule du masque et la position oblique des oreilles de celle-ci. Entre les deux cornes annelées apparaît en outre une scène courante : un caméléon tenant deux cornes se fait becqueter par un calao. Les couleurs douces utilisées ici viennent souligner l’élégance formelle de ce masque, dont la valeur esthétique est comparable à celle d’œuvres plus anciennes.