Masque facial féminin

Masque facial féminin

Les Ogoni habitent à l’est du delta du Niger dans une région fertile aux riches gisements de pétrole. En dépit de la christianisation, ils ont conservé une tradition masquée active et différenciée, qui plonge ses racines dans leurs propres coutumes mais aussi dans celles de leurs voisins comme les Ibibio ou les Ijo. Les sorties de masques remplissent les fonctions les plus variées : dans certaines régions, les masques se produisent uniquement pour divertir la population, dans d’autres ils participent aux cérémonies funéraires ou à la fête annuelle de l’igname, alors qu’ils interviennent ailleurs pour faire respecter les décisions de justice.

Doté d’une mâchoire inférieure mobile, de lèvres charnues et d’un nez court, ce spécimen représente un type de masque ogoni classique qui était fixé, en raison de sa taille modeste, sur une coiffe en tissu ou en fibres végétales recouvrant entièrement la tête du danseur costumé. Marqué sur le front et les tempes par des tatouages verticaux en relief, ce masque vient probablement du territoire du clan kama dont la statuaire se reconnaît à l’accentuation des narines. Les yeux effilés et la coiffure indiquent ici une représentation féminine. Marcilene Wittmer et William Arnett rapprochent ce type de masque des cérémonies ka-elu organisées dans les territoires kana, tai et gokana à l’occasion de la récolte des ignames nouvelles. Keith Nicklin et Jill Salmons n’ont pas confirmé ce rapprochement mais le couple de chercheurs a pu observer en 1992 que des masques à mâchoire inférieure mobile, ainsi que des masques karipo zoomorphes, étaient en effet portés par des jeunes gens pendant les semaines de festivités célébrant la récolte de l’igname (dua). Drapés de costumes de feuilles fraîches, ils parcouraient les rues et cours du matin au soir, exécutant des danses endiablées et récoltant auprès de la population quelques pièces, de la nourriture ou des boissons.