Masque facial du groupe je

Masque facial du groupe je

Ce masque à la beauté plastique singulière fascine de prime abord par la pureté, le dépouillement de ses formes. Le visage élégant est encadré d’une bordure dentelée, propre aux masques yaure ; ses traits délicats sont réduits à leur expression la plus sobre, une bouche ronde, un nez droit aux narines galbées, un regard en arcs plats fendus horizontalement. La coiffure structurée en trois demi-cercles associe au réseau strié frontal deux protubérances sphériques latérales. L’ensemble dégage un équilibre parfait. Cette figure est surmontée d’un oiseau sculpté, dont les pattes robustes s’agrippent à la coiffure du masque, et dont le long bec pointe vers le front doucement bombé. Quelques touches de couleur rehaussent les volumes du masque, le bec et les plumes de l’oiseau. L’utilisation de peinture est l’une des caractéristiques des masques je, dont la vivante polychromie contraste avec le revêtement noir généralement adopté pour les masques lo.

Cette composition bipartite dégageant une véritable unité reflète la plénitude de l’art yaure qui selon la définition d’Alain-Michel Boyer « épure le réalisme en supprimant l’accident ». D’après ce même auteur, l’oiseau posé sur une tête humaine évoque la réconciliation de l’homme et de la nature. Ce couple souligne l’intérêt que l’art yaure porte à l’image de l’homme associé aux formes animales.

Ainsi, ce masque est baptisé lomane ou « oiseau » et appartient à l’ensemble je qui comprend, en principe, sept masques auxquels succèdent ceux de l’ensemble lo lors de funérailles. En effet, les masques yaure sont liés aux associations d’hommes organisant les funérailles pour honorer le pouvoir spirituel du défunt. Ces figures sont les emblèmes du yu, cette puissance surnaturelle jouant l’intermédiaire entre les hommes et le Créateur, Bali. Les masques sortent pour une seule occasion, la mort, ce trouble de l’ordre qu’il convient de rétablir. Alain-Michel Boyer les compare à des « formes dynamiques situées au point d’articulation de la vie et de la mort ».

Le masque lomane, accompagné d’incantations, danse en frôlant le corps du défunt, le transformant rituellement en ancêtre censé aider et protéger ses descendants. Les masques sont considérés chez les Yaure comme des objets très puissants et dangereux. Les femmes ne sont pas autorisées à voir les masques et il est impossible pour les hommes de les approcher hors du contexte rituel ; ceux-ci sont par ailleurs frappés de nombreux interdits, sexuels, chorégraphiques et esthétiques.

Bibl. : A.-M. Boyer, 1993.