Masque facial

Masque facial

Ce masque nsembu fait partie des très rares œuvres kumu que l’on peut observer dans les collections et les institutions muséales européennes.

En dévisageant cette figure à l’expression puissante, on est frappé par la présence du vide qui structure le visage simplifié à l’extrême. En effet, les cavités oculaires, de même que la bouche, laissent place à une béance presque angoissante. Ce masque à la silhouette légèrement rectangulaire, aux traits schématisés, est dynamisé par une polychromie soulignant les orifices ; un premier cercle noir délimite le pourtour des yeux et de la bouche pourvue de dents pointues puis laisse place à un second contour blanc accentuant le contraste. L’arête du nez et les joues sont rehaussées de blanc, sur un fond de couleur rouge qui recouvre la face entière.

Les rares masques nsembu, évoluant par paires, sont étroitement liés à l’existence de sociétés initiatiques propres au peuple Kumu mais aussi à leurs voisins méridionaux Lega. L’utilisation du nsembu est limitée à la société nkunda réservée aux devins, babankundu. Il intervient lors des rites d’initiation au cours desquels les impétrants, parents d’un devin défunt, intègrent à leur tour la société secrète. Perçu comme l’incarnation de l’esprit de la divination, le masque ne peut être vu que par les initiés. Ainsi, lors d’une cérémonie nocturne, les masques nsembu, biangolo le père et ibole la mère d’ongondo le non-initié, sont enveloppés dans une étoffe d’écorce et apportés au village par les futurs devins.

D’après Christopher Roy, le couple de danseurs revêt un costume d’écorce et de roseau à l’intérieur d’une maison spécifique au toit conique, ornée de panneaux de bois peint. Lors de leur sortie au son des cornes, les masques exécutent une danse, assis sur un banc en agitant la tête et les bras. Daniel Biebuyck note à ce propos la similitude de ces traditions avec celle des grands masques lega muminia qui dansent à l’intérieur de la maison d’initiation.

Bibl. : D. Biebuyck, 1986 ; L. Félix, 1989 ; C. Roy, 1992 ; C. Petridis, 1993.