Masque en laiton

Masque en laiton

Ce masque représente do muso, la « femme du do » chez les Diula du nord de la Côte d’Ivoire. Ce groupe
originaire du Mali est disséminé du sud-ouest du Burkina Faso jusqu’à l’ouest du nord de la Côte
d’Ivoire. Les Diula font réaliser leurs masques en bois par des sous-groupes senufo, et ceux en métal par les Lorhon, une ethnie plus petite, disséminée
entre Gaoua et le nord-ouest de la Côte d’Ivoire. Ces
masques n’avaient pas de fonction sacrée, puisque
appartenant à des musulmans, mais ils étaient portés
lors de fêtes célébrant la fin du ramadan, des
enterrements, etc.

En janvier 1989, dans la bourgade senufo de
Dikodougou, on nous parla d’un fondeur de métal
très âgé nommé Songi Soro, réputé comme fabricant
de masques en métal utilisés par les Senufo
pour les rituels d’initiation masculine du poro.
Quand nous le rencontrâmes, nous le pensions
Senufo ou Diula. Ses trois fils et lui nous détrompèrent
 : ils étaient Lorhon.

Quand le grand-père de Songi se fixa à Dikodougou,
aucun Senufo ne savait fondre un masque de métal.
Selon lui, ils copièrent les masques du do, modifiant
leur forme, et en firent leur kpeliye’e [1]. Il existe des
« do muso » lorhon en étain. On a pensé (le père
Convers notamment) que ces masques parfois
fort endommagés étaient d’une grande antiquité.
T. Garrard [2] s’est inscrit en faux contre cette hypothèse.
Selon lui, les masques étaient enterrés entre
les périodes d’utilisation. Aucun n’ayant été trouvé
« en place », et l’analyse du métal ne révélant pas l’âge
de l’objet, on ne peut départager ces deux auteurs.

On ignore la signification des « plumes » tressées
frontales se terminant par un petit disque, qui
caractérisent les masques lorhon du do et sont
absentes des kpeliye’e du poro des Senufo. De
même, le petit visage triangulaire au-dessus des
sourcils (peu fréquent sur les masques du do) se
retrouve sur des manches de couteau et sur divers
objets découverts au nord de la Côte d’Ivoire, ainsi
que sur un très vieux masque en étain lorhon de la
collection Itzikovitz [3].

[1Cette explication nous laisse perplexe ; nous pensons plutôt
à une origine commune, malienne, du kpeliye’e et du do muso,
forme retrouvée aussi chez les Ligbi, etc.

[2Garrard 1993, t. I, p. 97-98.

[3A Kong, ancienne capitale d’un grand empire diula détruit en
1890 par Samory, les « vrais » masques du do, en bois ou plus
rarement en métal, existent toujours.