Masque du groupe je

Masque du groupe je

Orné de deux cornes sculptées avec raffinement, ce masque de petites dimensions possède un caractère étrange, mi-humain, mi-animal. Sa figure est encadrée de cette frise dentelée chère aux sculpteurs yaure, qui n’en amoindrit pas la forme mais œuvre au contraire à la mettre en valeur. Les traits du visage sont sculptés avec une délicate vraisemblance, à l’exemple de la bouche aux lèvres minces, découvrant de petites dents. Les sourcils arqués, striés encadrent l’arête saillante du nez droit. Dans son axe, un motif vertical orne le centre du front, évoquant peut-être un type de scarification. La coiffure étudiée s’agence en trois arcs de cercles dont la surface est couverte de dentelures et de motifs linéaires. A son sommet, les impressionnantes cornes annelées enserrent une forme de croissant ouvert, comme deux autres petites cornes pointant cette fois vers le haut.

Ce masque surprenant a parfois été attribué aux Guro voisins des Yaure, dont les masques gu possèdent une facture similaire. Alain-Michel Boyer affirme toutefois que l’exemplaire de la collection Barbier-Mueller a clairement été identifié par des villageois yaure, au village Namalè Zégata, comme le masque tu bodu « buffle » de l’ensemble je ; les cornes très stylisées du masque n’évoquent pourtant que d’assez loin celles de l’animal. Comme les autres masques de l’ensemble je, le tu bodu participe à l’opération de purification du village après un décès. Il contribue à rétablir l’équilibre social en chassant les souillures apportées par la mort d’une personne et dont la cause n’est jamais naturelle mais toujours imputée au mangeur d’âmes ou à la colère d’un yu (puissance surnaturelle).

La petitesse de ce masque l’empêche de couvrir entièrement le visage du danseur, qui le positionne donc légèrement incliné sur son front pour diriger ses mouvements en regardant sous la figure de bois. Par les incantations et les danses, ce masque accompagne l’esprit du défunt jusqu’à sa dernière demeure, l’iremofla, le « séjour de âmes » : il transforme ainsi rituellement le disparu en ancêtre veillant sur la communauté.

Bibl. : A.-M. Boyer, 1993.