Masque de l'ensemble du Goli

Masque de l’ensemble du Goli

Qui pourrait penser que ce masque kpwan au visage pur inscrit dans un ovale d’un brun lumineux [1], et
qui vise à l’extase, relève d’un culte présentant des effigies totalement antinomiques sur le plan morphologique
 ? En un ensemble, le goli, où se rejoignent les tendances à l’abstraction (des masques-disques), l’animalité mythifiée et le naturalisme idéalisé de
cette figure, « le plus beau de tous les masques »
d’après les Baule, le dernier à intervenir lors de la
cérémonie. L’ensemble du goli, dont les créateurs
sont les Wan, leurs voisins, s’est diffusé chez les
Baule moins par emprunt, comme on le dit, que par
une « baulinisation » de plusieurs sous-groupes,
dont les Gode, qui possèdent ce culte depuis au
moins le XVIIIe siècle, avant que s’effectue une diffusion
progressive sur l’ensemble de la contrée [2]. En
langue baule, le nom de ce masque se prononce
kpwan et non kpan, orthographe souvent adoptée.

Noble physionomie à la gravité recueillie, à l’expression
concentrée, le kpwan représente un visage de
femme, en dépit de certains traits : au menton, une
barbichette tressée prolonge le visage vers le bas,
suggérant un caractère hermaphrodite. Alors que le
front bombé est couronné d’une haute coiffure
composée d’un chignon, de tresses, le visage, ceint
dans sa partie inférieure d’une dentelure reflétant
une influence des Yaure [3], repose sur une collerette
de portage. La bouche, hésitant entre l’ovale et le
rectangle, découvre de petites dents pointues couvertes
de kaolin – comme un autre exemplaire
(Indiana University Museum), tandis que les
masques vus sur place possèdent une bouche plus
ovale, sans dentition – comme celui de l’ex-collection
Vérité [4].

Le style de ce masque, où fantaisie et
spontanéité sont maîtrisées par un raffinement
qui touche à la préciosité, est marqué par une souple
symétrie qui distribue les parties des deux côtés d’un
axe invisible, avec une importance accordée au
détail anatomique et aux scarifications qui ornent
commissures des lèvres, front, tempes, en un agencement
régulier ne réduisant jamais la figure à un
schéma géométrique. Le calme de l’attitude est la
marque d’une sérénité qui exprime la réaction d’une
énergie attentive à dominer le désordre du monde.

[1Voir Morin, notice, dans Butor et al. 2005, p. 342.

[2Voir Boyer 2007b.

[3Voir Boyer 1993b.

[4Voir Vérité 2006, p. 108-109.