Masque d'épaule

Masque d’épaule

Le masque d’épaule d’mba (nimba, pour les peuples voisins), un buste colossal en bois (dont le poids
peut atteindre 60 kg), est de loin la plus fascinante des créations baga. Les propriétés formelles du
masque, monumentales et géométriques, ont intéressé de nombreux artistes, notamment Picasso [1].

Pourtant, d’mba, qui figure désormais sur certains
billets de banque de Guinée comme emblème du
patrimoine national, n’est pas à proprement parler
la plus caractéristique des oeuvres baga. Présente
chez les sous-groupes bulongic, sitem et pukur, son
usage n’est pas limité au « territoire baga » puisqu’on
la retrouve également chez les Nalu [2].

On a longtemps cru que d’mba incarnait une « déesse
de la fécondité », symbole central d’une association
d’hommes [3]. Depuis lors, Fred Lamp a montré qu’elle
n’était pas sous le contrôle d’une société d’initiation
et représentait une entité spirituelle, « femme baga
idéalisée [4] ». D’après l’auteur, elle symboliserait les
valeurs féminines de la fécondité, la fertilité de la
terre et l’abondance des récoltes.

Aujourd’hui, il n’est pas rare d’assister à une performance
de d’mba, que ce soit à l’occasion d’un
mariage, d’un tournoi de football ou pour l’arrivée
d’étrangers de marque dans le village. Caché sous
une robe de raphia, le danseur tient le masque par
les pieds et regarde par deux trous percés au milieu
de la poitrine. Du fait du poids de l’objet, le pas de
d’mba est lourd et relativement lent.

Note de l’éditeur :
Il existe une photo prise en 1938 (voir Lamp 1996) de ce
masque en train de danser. Lui attribuer 40 à 50 ans d’âge à ce
moment-là n’a rien de déraisonnable. C’est ce qui justifie la
datation donnée ici.

[1Rubin 1991.

[2Curtis et Sarro 1997.

[3Fagg 1961.

[4Lamp 1996, p. 179.