Masque bagarreur

Masque bagarreur

Cette face insolite, mi-humaine, mi-simiesque, présente une bouche béante, sous deux minuscules yeux quadrangulaires. La surface concave qui sépare ce museau prognathe du regard est complètement lisse, sans nez. Le large front casse le creux du haut du visage en surplombant le regard, tel une visière. Dans l’épaisseur de celle-ci, un sillon creusé permet d’accueillir les éléments de la coiffure. Ce masque, réduit à des masses simples et contrastées, ne comporte pas non plus d’oreilles mais son pourtour arrière est percé de trous utiles à sa fixation. Puisque les perforations des yeux ne sont pas assez larges pour offrir au porteur un champ de vision adéquat, celui-ci positionne vraisemblablement ses yeux au niveau de la bouche sans lèvres ni dents, grande ouverte.

Les masques du pays dan, qui s’étend à l’ouest de la Côte d’Ivoire (où cette population est appelée Yacuba) et à l’est du Liberia, accusent une grande variété de types, de personnages jouant des rôles contrastés, au sein des institutions socio-religieuses traditionnelles. La distinction entre grands et petits masques semble fondamentale pour concevoir l’importance des fonctions de chacun. Ainsi, les grands masques incarnent les forces spirituelles chargées de maintenir le bon ordre du groupe social tandis que les petits masques, dépendants de leurs aînés, sont dévolus aux fêtes et aux divertissements en tous genres qui animent le village.

Le masque kaglé, très courant en pays dan ainsi qu’en pays gere et wobe, appartient à la famille des petits masques. Baptisé « bagarreur », il perturbe en effet les fêtes villageoises en lançant sur les spectateurs les courtes cannes fourchues ka ou koa qu’il tient en main (crochets de bois pour attraper les noix de kola).

Appartenant aux jeunes gens du village, le kaglé symbolise la force brutale de la brousse, de l’être sauvage mais il constitue, a contrario, une sorte de preuve du bien-fondé des institutions sociales. Il tient parfois le rôle de « masque policier », ce qui lui confère une certaine importance.

Bibl. : M.N. Verger-Fèvre, 1993.