Masque à figure féminine

Masque à figure féminine

Les genoux fléchis, cette figure féminine longiligne se tient en équilibre précaire au sommet d’un
sobre masque facial. La géométrie de cette face rectangulaire à l’arête nasale prononcée semble
alors dialoguer avec la souplesse d’un corps élégamment disproportionné. Ainsi s’opère un savant compromis entre les courbes
dessinées par la poitrine, les hanches de cette
femme et l’épure de son visage rectiligne comme de
ses oreilles en cercles ourlés. Ses avant-bras roides
projettent vers le ciel leurs mains aux doigts fragiles.

Les masques dogon, dont Marcel Griaule avait, dès
1938, répertorié soixante-dix-huit types [1], naissent
de l’imagination des danseurs. Ces derniers choisissent
après leur initiation celui qui correspondra
idéalement à leur tempérament, puis apprennent à
lui donner forme en conjuguant leur talent de
sculpteur et le respect des règles établies pour que
le masque retienne le nyama [2] auquel il est destiné.

Parmi les nombreux masques dogon dont les danses
célèbrent les funérailles, les levées de deuil dama [3]
et les sigui [4] – la grande cérémonie attendue tous les
soixante ans –, le masque satimbe commémore la
première femme qui découvrit les fibres et fut
consacrée yasigine par les Andoumboulou, ces
hommes rouges qui peuplèrent originellement la
falaise puis entrèrent dans la mythologie dogon. Par
la suite, les hommes imitèrent les masques des
Andoumboulou et institutionnalisèrent l’awa [5]
, la
société des masques.

La yasigine, portée par le
masque satimbe, n’est pas seulement ce personnage
mythique. Ses responsabilités envers l’awa sont
encore aujourd’hui endossées par une femme, née
lors du cycle de la grande commémoration sigui.
Seule autorisée à approcher les hommes masqués,
la yasigine les désaltère, s’agenouille à l’endroit de
leur chute en poussant des youyous de deuil [6]. Soeur
des masques, elle occupe une place éminente dans
la société dogon, ses funérailles et son dama donnent
lieu à une sortie de masques.

[1Griaule 1938.

[2Le nyama constitue la force vitale présente en tout être vivant.

[3Cérémonie ayant lieu quelques années après les funérailles pour
lever le deuil et abolir les interdits touchant la parenté du défunt.

[4La cérémonie spectaculaire du sigui commémore le décès de
l’ancêtre Dyongon Sérou, qui perdit son immortalité à la suite
d’une rupture d’interdit. Tous les soixante ans et durant sept ans,
le sigui est célébré par des danses masquées de village en village.

[5L’awa désigne les fibres des costumes de danse, les masques
et l’ensemble des hommes jouant un rôle actif dans les célébrations
masquées.

[6Bilot et al. 2003.