Grand cimier

Grand cimier

Ce corps de serpent, représenté en train de s’élever à la verticale, est orné de motifs géométriques peints. Des fragments de miroir ont été enchâssés dans le bois pour obtenir un effet plus saisissant. Cette figure incarne l’esprit des serpents a-mantsho-ña-tshol (le « Maître de la médecine »), connu dans la littérature spécialisée sous le nom soussou de bansonyi. Chez la plupart des sous-groupes de population baga, le secret de l’a-mantsho-ña-tshol est révélé uniquement à la tranche de la population masculine entrée dans la phase d’initiation appelée kä-bërë-tshol, qui marque le passage au statut d’adulte.

En ce qui concerne la fonction des masques bansonyi, toutes les sources ne concordent pas. Selon certaines, ils seraient exhibés au cours des enterrements ; selon d’autres, ils serviraient à détecter les sorciers, à soigner la stérilité ou encore à mettre fin aux périodes de sécheresse. Dans la société baga en pleine mutation, il est tout à fait possible que ces fonctions aient aujourd’hui disparu. Selon Lamp, les masques sont exhibés dans le cadre de cérémonies d’initiation par lesquelles hommes et femmes accèdent aux diverses classes d’âge. Les classes d’âge sont déterminées par les confréries qui, dans chaque village, représentent la moitié masculine ou féminine de la population. Pour Denise Paulme, l’événement le plus important donnant lieu à une exhibition des masques a-mantsho-ña-tshol est le rituel de clôture de l’initiation des garçons, à l’occasion duquel apparaissent deux danseurs masqués, parfois même plus. Les danseurs sont vêtus d’un costume en raphia ou de pièces de tissu et de feuilles de palmier. C’est vraisemblablement grâce à l’existence d’une armature tubulaire, positionnée sur la tête ou les épaules, qu’ils parviennent à porter les lourds serpents en bois, ornés de plumes, de bandeaux et de clochettes. Les figures masquées, qui représentent les deux moitiés du village, se livrent un combat qui, s’il est simulé, n’en est pas moins animé, les deux combattants étant encouragés par le public. Ce combat, par lequel débutent les festivités, est censé assurer l’unité du village.