Statuette d'ancêtre

Statuette d’ancêtre

Le réalisme de cette statuette adu siraha salawa est remarquable et ses proportions sont parfaites. Le visage aux lèvres bien dessinées, soulignées d’une fine moustache, est équilibré par une courte barbe volontaire. Ce visage évoque plus un caractère malais que niha. Le socle est décoré de rinceaux, dénotant peut-être une influence occidentale.

Le nom donné à l’effigie (adu siraha) indique sa fonction de protection de la maison d’un chef de village (salawa). Le personnage tient dans ses mains ouvertes une coupe à bétel en signe d’accueil. Son aspect pacifique est renforcé par le collier plat en feuille d’or martelée (nifato-fato) acquis lors du premier niveau de fête, arboré à la place du collier annelé ou torsadé des coupeurs de têtes. Il n’exhibe que peu de marques de son rang : outre le collier, il ne porte qu’une boucle d’oreille en or (gaule) et un bracelet (dawö dawö, gima) en coquillage (Tridacna gigas) au poignet droit. Il est coiffé d’un mouchoir de tête en turban (saembu), pratique courante, comme on le voit sur les premières photos des voyageurs européens (Brenner-Felsach 1887). Cette coiffe est peut-être héritée des Malais, Aceh et Bugis, qui fournissaient l’essentiel des tissus portés à Nias, où l’on n’en produisait pas.

Il existe dans les musées d’Europe moins d’une dizaine de pièces du type « ancêtre au turban », dont l’une, à Wuppertal (WEM no R7), est quasiment sa jumelle. Les autres, dont les plus anciennes sont arrivées dans les collections à la fin du XIXe siècle, sont beaucoup plus grossières (MVV Berlin nos IC 10141 & IC 31253 ; Tropenmuseum Amsterdam, nos 15-315 & 1588-2 ; MVV Rotterdam no 27160 ; MVV Leyde, no 4728/3 ; Musée national de Jakarta, no 25349). Leurs tailles sont comparables, de 40 à 55 cm. La plupart sont supposées provenir du sud de l’île, mais on n’en a aucune certitude, car les informations sur leur provenance exacte manquent cruellement.