Sommet de bâton magique

Sommet de bâton magique, Personnage nu en laiton chevauchant sa monture en bois

Les magiciens, devins ou guérisseurs (datu en toba, guru en karo), chez tous les groupes formant le peuple batak, ne sont pas des prêtres. Mais il se peut qu’ils soient des chamans dans un groupe (les Karo, par exemple), alors qu’ils ne maîtrisent pas les techniques de l’extase dans un autre groupe (comme les Toba).

Tous disposent d’un matériel adéquat, spécifique à chaque tâche, qu’elle soit de nature défensive ou offensive. Nous parlerons ici des magiciens toba, dont ce sommet de canne qui présente un personnage en laiton chevauchant un singa (monstre mythologique) en bois, provient probablement, encore que son style soit sans doute influencé par celui des Pakpak, voire des Karo.

Le datu toba commence, dès l’adolescence, par effectuer un stage chez un magicien sculpteur réputé, le datu-panggana [1]. Ainsi, le jeune datu va se spécialiser [2] : il sera devin, guérisseur, ou sculpteur d’objets à usage prophylactique, ou agressif (charmes destinés à nuire à un ennemi).

Parmi ses « outils de travail », le datu possédait deux bâtons magiques : le tunggal panaluan, et le tungkot malehat. Ce dernier se composait d’un groupe sculpté (presque toujours un« cavalier » en bois ou en laiton) fixé au moyen d’une cheville sur un bâton (ici disparu), le tout pouvant mesurer environ 150 cm.

On ne sait rien du rôle joué par le tungkot malehat, si ce n’est qu’il ne pouvait être manipulé seul, mais toujours avec le tunggal panaluan, dont il est appelé le « petit frère » [3]. Il est vraisemblable que ce bâton participait au large éventail de tâches assignées au tunggal panaluan, lequel avait le pouvoir de défendre le village entier [4], aussi bien que d’agresser, de faire mourir un personnage désigné par le datu, propriétaire du bâton.

Il avait la qualité d’un pangulubalang, ces sculptures auxquelles un pouvoir particulier était conféré par l’introduction dans un orifice soigneusement rebouché d’une parcelle de pupuk [5], Il n’est pas certain que les tungkot malehat aient dû être sacralisés de cette manière.

[1] Ganagana est le mot désignant une « image » tridimensionnelle.

[2] L’apprenti apprend son métier chez un magicien expérimenté qui peut appartenir à un autre groupe batak (par exemple le groupe Simalungun était réputé pour former de bons datu), il en résulte parfois des mélanges stylistiques rendant impossible l’identification du groupe au sein duquel une pièce a été sculptée. Heureusement, ces cas sont assez rares.

[3] Tungkot signifie simplement « bâton » en toba, et malehat dérive peut-être du substantif arabe malek, qui signifie « ange, être surnaturel ».

[4] Par exemple en le dissimulant à l’ennemi par un nuage.

[5] Le pukpuk est une matière préparée avec diverses substances, dont les viscères et le cerveau d’un « être humain sans dents », selon le grand livre de magie du Tropen Museum à Amsterdam, quoique les informateurs toba âgés soient unanimes à dire que l’on s’emparait d’un jeune enfant entre 2 et environ 8 ans appartenant à un clan ennemi.