Représentation du dieu suprême

Représentation du dieu suprême

La sculpture appelée kenyalang, littéralement « calao rhinocéros », réalisée en bois léger de pelai (Alstonia sp.), qui se travaille aisément, montre la virtuosité des hommes iban. C’est d’ailleurs l’une des créations les plus spectaculaires de leur art. Il s’agit d’une image rituelle : elle représente sous les traits du calao (Buceros rhinoceros) la divinité suprême des Iban, Lang Singalang Burong, qui est aussi le dieu de la guerre.

Ces sculptures sont d’abord des icônes utilisées comme une arme spirituelle contre les ennemis lors la grande « fête du calao » (gawai kenyalang), également comme un symbole du statut masculin lors de la « fête de l’oiseau » (gawai burong).

Traditionnellement, ces cérémonies étaient associées à la pratique de la « chasse aux têtes », à l’obtention des têtes trophées et à l’acquisition du prestige par les guerriers. Ainsi, le fruit placé à l’extrémité du bec du calao évoque une tête humaine. À cette occasion, les icônes de Singalang Burong, placées aux sommets de mâts sur la plate-forme de la longue maison (tanju’) par les hommes influents, recevaient des offrandes. De nos jours, les Iban attribuent à l’image du kenyalang la vertu d’emporter vers les « ennemis  » les querelles et les problèmes de la longue maison.

Le style puissant de la pièce suggère celui des Iban du bassin du fleuve Rejang. Il s’oppose au maniérisme des kenyalang des régions de Saribas et de Balau, comme à celui, plus exubérant, des sculptures de l’ouest du Sarawak (Ulu‘ Ai, Simanggang). L’enroulement de la spirale « enflammée » à partir de la corne est un chefd’oeuvre d’équilibre. Les personnages humains et animaux, figurés sur la queue du kenyalang, représentent peut-être les héros culturels de la mythologie iban. Ils sont évoqués dans les invocations timang, chantées par les bardes lors de ces grandes fêtes. Le décor polychrome de l’oeuvre, à dominante rouge, s’est atténué avec le temps.