Paire d'effigies ancestrales

Paire d’effigies ancestrales

Chez les Nage, ces figures anthropomorphes ana deo sont érigées de part et d’autre d’une échelle qui conduit à une maison du culte (sa’owaja), le centre rituel et politique d’une lignée ou d’une fraction locale d’un clan. Dans la région des Keo, ces mêmes figures nues se dressent devant de petits bâtiments, généralement inhabités, situés à l’extrémité du village la plus proche de la mer. Dans les deux cas, la figure masculine occupe la droite (héraldique) et la figure féminine la gauche.

Bien que ces sculptures soient parfois décrites dans la littérature spécialisée comme des représentations d’ancêtres, cette fonction n’est pas certaine. Dans la région des Nage, elles sont le plus souvent associées avec l’esprit tutélaire d’une maison de culte, un être qui s’identifie au bâtiment lui-même et particulièrement aux esprits du bois dont il est fait. La nudité des figures – les cavaliers qui montent les figures sont nus aussi – n’a pas d’explication et les sculpteurs euxmêmes ne lui en connaissent pas : le nom indigène d’ana deo ne fournit aucune réponse à ces questions (ana signifie « enfant » ou « personne », mais le sens de deo est inconnu).

Les renflements de la tête représentent les chignons ou bananes de cheveux, coiffure traditionnelle des hommes et des femmes adultes chez les Nage et les Keo. Ces figures sont sculptées au sommet de poteaux de bois. Ces poteaux ne diffèrent de ceux décorés que l’on trouve dans les bâtiments rituels que par la présence des plates-formes rectangulaires ou cubiques qui font office de sièges.

Les poteaux qui se terminent par des statues anthropomorphes présentent en leur milieu un renflement bulbeux appelé « pot » (podo, pondo). Ces « pots » apparaissent également sur le fût des poteaux sacrificiels fourchus (peo) érigés au centre des grands villages. Quoique parfois liés dans l’exégèse locale au partage des aliments – offrandes de nourriture faites aux esprits bienveillants –, les petits « pots » de cette forme servent également à recevoir les biens familiaux précieux conservés dans des édifices du même type et, tant chez les Nage que chez les Keo, représentent des figures humaines nues.