Masque facial

Masque facial

Avec ses cils broussailleux, sa barbe envahissante, ses rouflaquettes découpées aux commissures des lèvres, son crâne dégarni et son visage plat, ce masque lali évoque la figure d’un vieillard à l’expression bougonne, si ce n’est terrifiante. À moins, et ceci est plus probable, qu’il n’évoque l’un des esprits de la forêt ou de la brousse dont la rencontre est toujours inquiétante.

L’expression tout à la fois familière et d’altérité, l’astuce avec laquelle des matériaux simples (de l’étoffe végétale et des graines assemblées sur une armature de rotin) sont mis en oeuvre, font de ce masque l’une des pièces les plus remarquables de l’art mélanésien : elle est inventive, expressive et inquiétante. Notons cependant que l’impression de visage décharné provient en partie de l’état de l’objet.

À l’origine, ce masque était peint, de dont témoignent des traces de pigments. Quelques rares exemplaires conservés dans les musées allemands (Berlin, Leipzig et Dresde plus particulièrement [1]), des photos prises en Nouvelle-Irlande dans les années 1907-1908 [2], nous aident à imaginer l’état de ce masque au moment de sa création. Sur un fond blanc, des couleurs vives posées en bandes, en zigzag ou en pointillés accentuaient l’expression du visage.

Ce masque a été recueilli par Parkinson dans la région de Muliama. Bien que la Deutsche Marine- Expedition ait établi son camp de base entre 1907 et 1909 dans ce village côtier, ses membres n’ont recueilli aucune donnée ethnographique sur ce type de masque. Schlaginhaufen acquit sur le terrain un certain nombre de masques semblables à celui-ci.

Il les désigne comme lali ou tilok et n’en rapporte pas l’usage. On en est donc réduit à des hypothèses, d’autant plus fragiles qu’à cette époque la région était en plein bouleversement. Sous les effets de la colonisation, des groupes linguistiques disparaissaient ou étaient absorbés par d’autres groupes et les villages de colonies de l’île de Tanga installés en différents points de la côte se fondirent dans les villages de langue sursuranga.

Il est donc vraiment probable que se côtoyaient et se mélangeaient différentes traditions. Cependant, la similitude de formes avec les masques tedak de Tanga porterait à les rattacher à cette tradition [3].

[1] Les masques du musée de Berlin ont été publiés : voir Helfrich 1973, fig. 153 et 154.

[2] Voir Gunn 1997, p. 70.

[3] Les masques tedak sont confectionnés dans un enclos secret et, comme l’explique Antje Denner, ils apparaissent dans les jardins au moment des récoltes qui précèdent l’ouverture d’une nouvelle maison des hommes. Ils attaquent les gens, leur volent le fruit de leur récolte ou simplement les taxent sous la menace. D’après les informations des habitants de Tanga, ces masques ne sont pas liés aux esprits de la brousse et si un vague lien est parfois admis, c’est avec les esprits les plus innocents. Suivant sa forme et ses motifs peints, chaque masque imite une activité ou un comportement. Après l’ouverture de la maison des hommes, qui honore tout à la fois son nouveau chef et l’ancien décédé, ces masques étaient portés traditionnellement (Denner 2006, p. 150-155).