Masque en tissu d'écorce

Masque en tissu d’écorce

Les groupes baining occupent l’intérieur montagneux de la péninsule de la Gazelle, où ils se sont sans doute retirés sous la pression des Tolai voisins venus de Nouvelle-Irlande [1]. Si leurs instruments quotidiens n’ont pas la délicatesse décorative de ceux de leurs voisins, les Baining sont réputés pour leurs masques en tissu d’écorce, utilisés lors de cérémonies diurnes marquant le début d’un nouveau cycle de plantation, mais aussi lors de spectaculaires danses nocturnes au cours desquelles prennent vie les nombreux esprits de la brousse.

Traditionnellement, les masques étaient fabriqués et utilisés lors des danses par des hommes initiés, dans le respect des usages rituels. Dans des « ateliers de brousse », on confectionnait, à l’aide de rotin et de bambou fendu, une ossature correspondant à la morphologie du danseur. Le tissu d’écorce mouillé, également préparé par les hommes, était cousu sur ce cadre de manière à ce qu’il prenne la forme voulue une fois sec ; puis l’ensemble était peint au moyen de pigments naturels et de sang provenant de la langue des hommes [2].

Ce masque kavat, porté lors des danses nocturnes exécutées autour d’un feu de bois au-dessus duquel les danseurs sautaient, est un magnifique spécimen.

Les yeux en saillie sont ici quelque peu éclipsés par la large bouche ouverte, qui, avec ses deux rangées de dents, évoque la force et l’agressivité. Le visage est surmonté d’un élément ovale plat, orné d’une grille de traits rouges qui semble tracée sur un fond en damier blanc et noir [3].

Tandis que les masques cachaient la tête, les corps des danseurs étaient traditionnellement noircis au moyen d’un mélange de miel et de charbon de bois. L’utilisation d’autres couleurs, d’herbes couvrant les mollets et d’étuis péniens en tissu d’écorce contribuait à rendre les corps méconnaissables et donnait l’impression que l’on était face aux esprits sauvages de la brousse, impression parfois renforcée par les pythons que certains danseurs tenaient à la main.

[1] Ce sont des planteurs qui pratiquent la culture sur brûlis et dont la nourriture de base est le taro. Ils parlent une langue qui n’est pas austronésienne et leur système social est patrilinéaire.

[2] Les parties importantes, comme les gros yeux ronds, étaient toujours cernées de contours épais, mais le reste du masque était orné de motifs géométriques ou de formes naturelles peints avec délicatesse.

[3] Les artistes baining savaient manier à la perfection l’association de noir et de rouge sur un tissu d’écorce « blanc », utilisant très souvent un fond de couleur foncée pour dessiner les motifs en réserve, comme c’est le cas pour les dents dans cet exemple.