Ce masque composite en écaille de tortue, originaire de l’île de Mabuiag, est un exemple exceptionnel d’un genre provenant des îles centrales et occidentales du détroit de Torres. Il représente une tête de crocodile surmontée d’un visage humain.
Lorsqu’il est posé à la verticale sur la tête du danseur, seul le crocodile est visible, mais, si le danseur penche la tête vers le bas durant sa performance, le visage humain apparaît accroissant l’intensité dramatique. La douceur et la brillance de l’écaille de tortue contrastent avec la luminosité des yeux en nacre, les plumes flottantes de casoar et d’oiseaux de paradis font écho aux franges fibreuses et les noix de goa (galip) confèrent une dimension sonore à l’objet. La délicate collerette découpée autour du visage est ornée de chaux blanche et d’ocre rouge, et juxtaposée à des dessins d’arcature ajourés, que l’on peut associer à des koimai, motifs de scarification locaux [1].
L’auteur de ce masque a associé les matériaux les plus précieux du détroit de Torres, comme l’écaille de tortue, la nacre et les cauris, aux plumes (articles de commerce très prisés de la Nouvelle-Guinée) et à une ceinture d’écorce gravée, insigne clanique du golfe de Papouasie [2].
Par ailleurs, ce masque intègre des matériaux d’origine européenne très estimés, comme un bidon de kérosène en métal, dont est faite la tête du crocodile, et un galon rouge en zigzag sur le front du visage humain. L’utilisation et la signification précises de ce masque restent incertaines.