Ce grand tambour warup de la région Daudai ou de l’île Saibai possède une forme prononcée de sablier, avec un fort étranglement en son milieu. L’une des extrémités est bulbeuse, tandis que l’autre se divise en deux parties, semblables à des mâchoires largement ouvertes. Le maxillaire supérieur est orné d’une « moustache » en plumes de casoar ainsi que d’une bordure complexe incisée, rehaussée d’une incrustation à la chaux blanche.
Si l’on se réfère à d’autres exemples, il est probable que le motif supplémentaire incisé, qui se répète de manière caractéristique de chaque côté de la mâchoire supérieure, représente un homme portant un dhari, parure de tête emplumée que l’on retrouve couramment dans tout le détroit [1]. Le tambour est également décoré de noix de goa (galip), dont le son grelottant vient s’ajouter au timbre de l’instrument.
Le tambour warup est en bois. Fabriqué d’une seule pièce, il était évidé avec soin. Ce travail laborieux ne pouvait s’effectuer que grâce à l’action conjuguée du feu et du ciseau. Les pastilles en cire d’abeille sur la membrane, habituellement confectionnée dans la peau salée d’un lézard, servaient à tendre la peau et à accorder la hauteur du son de l’instrument. Si le bois utilisé pour le warup venait de la Nouvelle-Guinée, l’on ne sait toujours pas, en revanche, dans quelle mesure ces tambours étaient transformés et ornés dans le détroit de Torres. Un certain nombre d’entre eux ont été collectés à Saibai, qui entretenait des liens étroits avec la côte de la Nouvelle- Guinée toute proche. Les tambours étaient des objets de grande valeur, dotés d’un pouvoir exceptionnel. Certains, transmis au sein des familles, portent des noms personnels.
[1] Haddon 1894, p. 43.