Fragments de porte

Fragments de porte

Le fragment de cette porte des Bahau du moyen Mahakam – une ethnie dayak de langue kayanique – montre un superbe décor en haut et bas reliefs au dynamisme caractéristique. Il s’agit probablement d’une porte sculptée de l’appartement d’un chef dans la longue maison umaa, ou plus précisément de la partie centrale du battant de la porte (baa betaman), qui s’inscrit dans un cadre vertical. Mais elle pourrait provenir également du grenier d’un chef, car le bois apparaît assez érodé ; c’est un bois dur au grain dense. Elle témoigne du statut des chefs (hipuy aya’), qui s’exprime par des symboles de puissance réservés à leur rang élevé.

Les motifs qui décorent la porte sont propres aux Bahau Hwang Saa’ dans les villages situés autour de Tering, leur plus important établissement dans la région de Kutai. Dans la partie supérieure, traitée en haut relief, la face terrifiante de l’esprit protecteur féminin Takidan, dont les deux bras minces émergent, doit repousser les esprits néfastes et les mauvaises influences et ainsi sécuriser l’appartement ou le grenier. La bouche ouverte en forme de coeur à l’envers –un motif particulier aux Kayan-Bahau – découvre des crocs impressionnants. La sculpture évoque aussi la plastique des masques hudo’, avec leurs longues oreilles festonnées et leurs yeux globuleux ; d’ailleurs, les yeux ronds de Takidan étaient figurés par des opercules de coquillages Conus sp., aujourd’hui disparus. Au-dessus du seuil de la porte est placée la représentation très stylisée du tigre mythique Lejau, sous la forme dite du « chien tigre », un esprit puissant allié des chefs. Les Bahau le nomment « chien », aso’/hoo’ par prudence. La gueule ouverte, il est prêt à dévorer les mauvais esprits. L’impression de mouvement serpentin, impulsé par le corps de Lejau, est encore renforcée par les éléments curvilignes qui s’en détachent  ; ils se fondent en spirales délicates des deux côtés de la porte.