Figure de craie ancestrale

Figure de craie ancestrale

Des recherches récentes sur le terrain [1] montrent que les traditions de sculpture en pierre du centre de la Nouvelle-Irlande sont plus complexes qu’on ne le pensait jusqu’ici. Selon les actuels habitants de la région, ces figurines en craie étaient faites à Punam et utilisées par plusieurs peuples vivant dans la partie nord du sud de l’île. Le mot utilisé par les Occidentaux pour désigner ces effigies – kulap – n’a plus cours qu’à Punam et à Muliama sur la côte est [2] ; dans d’autres villages parlant le patpatar, on les appelle kutpuo ou papawa [3].

Les plus anciennes informations dont on dispose sur ces effigies sont les notes consignées par le révérend George Brown, qui visita la région où l’on parle le hinsal, sur le territoire patpatar de la côte ouest, dans le sud de la Nouvelle-Irlande.

« Là [dans le village de Kalil], le chef m’a emmené un peu en dehors du village vers un enclos de forme oblongue dont le portail était soigneusement fermé. En entrant, nous nous sommes retrouvés sur un petit bout de terrain très bien entretenu, entouré d’une haie vive. À un bout de l’enclos s’élevait une maison contenant deux grandes effigies en craie, dont une – représentant l’homme – était nettement plus grande que l’autre. Elles étaient peintes de couleurs vives, comme les poteaux de la maison. Je ne peux pas vraiment dire quel était leur usage. Je ne pense pas que ce soient des objets d’adoration ou des idoles au sens strict du terme, et pourtant, les hommes les regardent de toute évidence avec une certaine superstition quand ils dansent devant elles, et ils interdisent strictement aux femmes et aux enfants de s’approcher du lieu où elles sont conservées. Les indigènes ont aussi des effigies plus petites, sculptées dans la craie, qu’ils gardent dans leur maison. La plupart de ces figurines représentent un homme ou une femme, généralement en position assise [4]… »

De son côté, Wilfred Powell donne une illustration d’une « chapelle mortuaire » contenant neuf statues en craie de taille moyenne et quatre petites [5], mais il est probable, selon Otto Finsch, que Powell n’ait jamais vu ces figures dans leur véritable contexte [6].

[1] Gunn et Peltier 2006, p. 122-123.

[2] Parkinson (1907, p. 654) emploie le mot kulab ; Krämer (1916, p. 272) parle de kulap.

[3] En 2001, dans le village de Kabanut, où l’on parle le hinsal (territoire patpatar de la côte ouest), nous avons relevé le mot kutpuo, qui est un nom générique pour les portraits sculptés en pierre ou en bois. Ces figurines portaient le nom de papawa dans le village de Sahara, région de la côte ouest où l’on parle le patpatar. La langue utilisée dans le village de Punam est un dialecte du patpatar.

[4] Journal du révérend George Brown, 28 octobre 1875 ; Vicky Barnecutt, communication personnelle, 2004.

[5] Powell 1883, frontispice.

[6] Otto Finsch (1893, p. 62) note que George Brown est probablement le seul homme blanc à avoir vu ces effigies sur le lieu même de leur utilisation et il qualifie l’illustration et la description de Powell (1883, p. 248-249) de « pure invention » reposant sur des rumeurs et des légendes. Cependant, Finsch ajoute que les instituteurs de la mission ont rapporté plusieurs de ces « dieux » en pierre à Mioko (sur les îles Duke of York) pour les lui vendre.