Figure d'ancêtre

Figure d’ancêtre

Avant que la Nouvelle-Irlande ne passe sous administration allemande en 1884, les figures sculptées d’ancêtres, appelées uli, étaient créées et utilisées dans les villages des régions montagneuses à l’intérieur de Konos et au nord-ouest du plateau de Lelet, dans la région du Nord où l’on parle le madak [1].

Les uli sont mystérieux et ambigus. Ce spécimen en est un exemple typique, qui réunit toutes les caractéristiques du genre : grande tête surmontée d’une crête et large barbe en pointe, traits noirs qui partent des yeux et rejoignent la pointe du menton en contournant la bouche, lèvres larges, morphologie puissante, pénis clairement marqué, jambes courtes. Cette apparence très masculine s’oppose à l’étonnante poitrine redressée, trait qui caractérise habituellement les jeunes femmes dans la fleur de l’âge. À l’origine, il y a plusieurs siècles, ces figures devaient représenter les attributs d’un chef.

À l’époque, l’agressivité était probablement l’une des plus grandes qualités d’un leader, qui devait être fort, avoir une personnalité dominante mais aussi être capable de nourrir son peuple. C’est le sens symbolique des seins [2].

D’après les données disponibles [3], il semble que les figurines uli étaient exposées par groupes de deux ou trois dans des maisons rectangulaires ou coniques situées dans l’enclos rituel des hommes. Les femmes n’avaient pas le droit de voir ces figures, qui jouaient néanmoins un rôle dans certaines activités annexes. Ainsi, des rites uli accompagnent l’abattage et la consommation des cochons ainsi qu’un certain nombre de danses, dont certaines acceptaient les femmes.

L’un des moments culminants de ces rites était une sorte de cérémonie de fécondité au cours de laquelle on réenterrait des crânes humains associés à de jeunes plants d’Alpina, d’Heliconia et de quelques autres végétaux. Il semble que ces rituels symbolisaient l’existence humaine ou la mort de l’homme plus qu’ils ne représentaient un attribut spécifique de telle ou telle personne.

[1] Après la pacification, les peuples des montagnes ont commencé à se déplacer et, dans la première partie du XXe siècle, ces figurines se sont répandues dans de nombreux villages des deux côtes, avant que la tradition ne disparaisse vers la fin des années 1930.

[2] Selon Krämer (1925, p. 60-61), qui a travaillé avec des possesseurs d’uli dans la région madak en 1909, les « seins » indiquent un chef bien nourri, mais ont sans doute aussi un lien avec des rites de fécondité.

[3] Krämer 1925 ; Peekel 1935.