Figure anthropomorphe

Figure anthropomorphe

Cette figure korwar, originaire de Teluk Cenderawasih (baie de Geelvink), représente un homme tenant devant lui un panneau ajouré. Le dessin délicatement ajouré de cet élément au-devant de la statuette illustre fort bien l’observation de Van Baaren selon lequel ce type de korwar de la baie de Doreh possède « le décor en volutes le plus sophistiqué [1] ».

En revanche, les dents pointues et les lignes du visage laissent penser que la statuette pourrait provenir des îles Schouten (Biak) [2]. Les korwar associés à de petites figures secondaires et des « boucliers » ajourés sont rares. Une plus petite figure humaine est ainsi placée au premier plan, dans la même position, mis à part les bras, qui se fondent dans le « bouclier  » ajouré. La scène représente probablement le petit personnage séparant deux reptiles. En raison de son aptitude à muer, le serpent est associé au rajeunissement et à la vie nouvelle, mais possède également des connotations négatives, telles que les mondes souterrains et le chaos.

Dans certaines sculptures korwar, un personnage tenant deux serpents par le cou dérive probablement d’un mythe dans lequel un ancêtre en terrasse un ou deux. Gardien du royaume des morts, ce reptile est considéré comme le représentant des ancêtres [3]. Les étranges motifs ornant le visage de la plus grande des deux figures n’apparaissent que rarement sur d’autres korwar publiés. Ces incisions semblables à des pinces représentent probablement des tatouages exécutés sur l’île Numfor.

Citant Feuilletau de Bruyn [4], Galis rapporte qu’habituellement les garçons initiés (kobor) avaient le visage tatoué de pinces d’oerjas ou crevette-mante (Odontodactylus scyllarus). L’oerjas est le gardien du royaume des morts. Si cette interprétation de l’oerjas sur les joues de la figure korwar est juste, elle explique pourquoi cette dernière tient le « bouclier » ajouré, autrement dit la « porte de l’au-delà ».

[1] Van Baaren 1968, p. 72.

[2] Cf. id. 1992, pl. 7-8.

[3] Kamma 1972, p. 78.

[4] Feuilletau de Bruyn 1920.