Un homme accroupi, en équilibre précaire en haut d’un poteau, nous regarde. Cette pièce est évidée à sa base sur un diamètre de 13 cm. Vue de profil, la tête du personnage, projetée à l’avant des épaules, n’a presque pas de menton, voire de mâchoire inférieure. Ces traits nous laissent penser que le sculpteur (ou peut-être les sculpteurs ?) a travaillé de façon à représenter son personnage sous une perspective très particulière : vu du bas vers le très haut.
De fait, ce type de pièce faîtière est assez rare en Mélanésie, et, malgré le hasard qui a permis de photographier plusieurs exemplaires lors du passage de l’expédition de La Korrigane dans cette région de la rivière Yuat [1], nous n’avons pas de renseignements exacts sur l’origine et la fonction de cette sculpture. Le caractère exceptionnel du faîtage de maison cérémonielle de la collection Barbier-Mueller est pleinement dévoilé par le dos de la sculpture. Celui-ci donne l’impression que le sculpteur a parfaitement maîtrisé la dynamique des formes entre le dos, les jambes fléchies et la tête. Les traces laissées par l’herminette sont bien visibles et l’on peut dater cette oeuvre des premières décennies du XXe siècle.
Selon le mythe recueilli dans le village de Kinakaten, la position accroupie de l’homme se réfère implicitement à la scène où le héros du temps ancestral, Bilishoi, redevenu malveillant après avoir quitté ses soeurs et son village d’origine, tue des hommes construisant une maison cérémonielle. Contraint de se défendre contre les hommes qui l’attaquent avec leurs arcs et leurs flèches, il se réfugie au faîte de la maison. Avec ses coudes, il dévie les lances, mais est finalement atteint par l’une d’elles, projetée à l’aide d’un propulseur par un homme du Sepik avoisinant. Son corps sera bouilli puis mangé par ceux qu’il vient d’agresser [2]. Cette effigie ranimait la mémoire sur l’origine de la mort due à la guerre et sur le destin d’un homme trop puissant pour respecter les règles sociales.