Effigie-portrait de l'épouse d'un chef

Effigie-portrait de l’épouse d’un chef

Il y a deux sortes de statues anthropomorphes chez les Batak Toba, Pakpak et Simalungun : celles qui représentent des personnages des deux sexes de haut rang (statufiés de leur vivant ou après leur mort), et celles (pangulubalang) qui ont une fonction magique puissante au point d’être défensives et offensives, ce qui faisait que l’on sculptait d’autres statues pour se défendre de celles que possédait un village ennemi.

Il est probable que les Batak Karo aient eu des pangulubalang de pierre de petite taille, mais aucune effigie de chef n’a été signalée chez eux. La même chose semble pouvoir être dite des deux derniers groupes batak du sud, les Angkola et les Mandailing, islamisés depuis près de deux siècles.

L’histoire de ce portrait de femme noble est probablement la même que celle de la statue de Ronggur ni Ari, épouse de Raja Ranjo Simanjuntak, que nous avons vue et photographiée à plusieurs reprises jusqu’en 1988 à Huta Parik Sinombah, près de Barus. Elle fut vendue par les villageois vers 1990, et réapparut sur le marché international des antiquités en 1993, où nous l’acquîmes. Elle se trouve actuellement au musée du quai Branly à Paris. Cette femme d’origine pakpak simsim, apparemment remarquable (son mari, commanditaire de l’oeuvre, n’avait pas fait réaliser sa propre effigie équestre), porte comme la présente inconnue un chignon dans lequel est ménagé un trou. La première fois que nous vîmes la représentation de Ronggur ni Ari sous son banyan, elle avait été ornée d’un bouquet de feuilles sacrées, planté dans ledit trou. Ainsi connaissons-nous la fonction de celui-ci.

Les deux statues féminines ont à coup sûr été réalisées par deux datu panggana locaux fort doués. Nous connaissons d’autres sculptures de ceux-ci dans un périmètre restreint : elles sont d’un style identique, sans le visage plus carré et la lourde mâchoire des représentations humaines pakpak ou (plus tardives) toba de la région du lac du même nom. Leur corps est reconnaissable au dos très incurvé, autrefois orné de motifs peints symboliques, dont on voit ici des restes.

On peut terminer en disant que, dans les vingt dernières années, de nombreux monuments de pierre batak ont été détruits, faute d’être protégés. En effet, ils sont un obstacle à l’islamisation de villages attachés au souvenir de leurs ancêtres et de leurs coutumes.