Effigie-portrait d'un chef

Effigie-portrait d’un chef

Les effigies mejan de personnages renommés (cumulant souvent les qualités de chef de village, raja, et de magicien, datu) n’existent que chez les Pakpak du Sud (qui en sont probablement les inventeurs), les Toba occidentaux (les rares « couples », cavalier et femme assise, vus sur l’île de Samosir, sont très tardifs) et les Simalungun, où leur aspect est très différent de ce que nous avons ici.

Nous avons effectué nombre d’enquêtes sur le terrain, entre 1974 et 1998, pour identifier certains styles, propres aux magiciens sculpteurs (datu panggana) des sous-groupes pakpak simsim, pakpak kalasan (ceux-ci étaient inconnus avant nos travaux) et toba occidentaux. Les portraits équestres (mejan) en pierre de chefs sont accompagnés (en règle générale) d’un portrait de leur épouse, représentée assise, nue ou, plus tard, avec un sarong.

La monture de l’homme est souvent, comme ici, un singa, monstre mythologique dont on a pu établir qu’il représente le dieu du monde souterrain Raja Padoha (ou Naga Padoha), sorte de serpent cornu géant. La fluidité des lignes du corps de cette sculpture de raja, dont le rang est attesté par le bracelet porté au haut du bras, est propre à la région montagneuse s’étendant entre la côte et Pusuk, où étaient produits depuis l’Antiquité le benjoin et le camphre qui firent jadis la fortune de Barus. Ce style du Haut Barus est incontestablement dérivé de celui des Pakpak Kalasan, séparés des Pakpak Simsim par une chaîne montagneuse, et imbriqués dans le pays toba occidental. Leurs clans (moins d’une douzaine) ont tous été fondés par un chef issu d’un clan toba.

Néanmoins, ils disent avoir reçu (comme les Pakpak Simsim) l’enseignement, il y a une quinzaine de générations, soit environ quatre à cinq cents ans, d’un vieux sage venu de l’Inde nommé Guru Kalasan qui leur aurait appris à incinérer leurs morts, raison pour laquelle ils ne possèdent pas les grands sarcophages à ossements des Toba et des Simalungun, mais de petites urnes à cendres placées devant les statues équestres (beaucoup ont disparu). Parfois, la monture est un cheval. Parfois, un éléphant. Ici, c’est véritablement un singa, reconnaissable à sa longue langue recourbée, prise pour une trompe par certains voyageurs précoces.