Ce grand crochet samban au personnage féminin, rare parmi les rares, semble imprégné de notions esthétiques propres aux Iatmul. La tête est couverte d’un surmodelage effectué avec du yimba, un mélange de terre argileuse ou sableuse et d’huile d’arbre ou de latex.
Selon la vision iatmul, la terre glaise et la sève d’arbre portent en elles les caractéristiques de la chair et du sang. Éléments maternels indispensables aux humains, ces substances assurent symboliquement la présence des forces vitales féminines.
Elles recouvrent la structure osseuse (ici le bois) qui marque la présence des forces vitales masculines. Les traits individualisés du visage n’ont rien de fortuit. Cette femme dégage un puissant charisme. Elle veille sur ce qui se passe autour d’elle. Qui est-elle ? Les incisions sur son corps soulignent bien le caractère exceptionnel de cette figure : ce sont des marques de scarification qui sont le signe du rapprochement des jeunes hommes initiés avec l’ancêtre clanique sous sa forme de crocodile (père et mère).
Dans la perspective iatmul, l’ancêtre primordial avale les initiés, puis les rejette. Lors de cette ingurgitation, il laisse l’image de sa propre peau – « sa couverture d’apparition » – sous forme de motifs sur la peau des initiés. Pourtant, la figure représentée est féminine et peut-être, comme le pensent certains, enceinte.
Les scarifications indiquent qu’elle fait partie des ancêtres importants. Ce crochet avait sûrement sa place dans une maison cérémonielle des hommes. Des sacs tressés remplis de galettes de sagou y étaient sans doute suspendus, apportés par les femmes mariées à l’attention des hommes réunis dans la maison cérémonielle ; d’autres accrochages plus signifiants contenaient des offrandes destinées à l’ancêtre clanique important [1].
[1] Voir : Kaeppler et al. 1993, fig. 224 ; Newton 1993, p. 277 ; Coiffier 2002 ; Kocher Schmid (sous presse).