Tambour
Tambour

Tambour

Ce tambour en forme de verre à pied comprend une figure korwar accroupie, ciselée au-dessus de la poignée, caractéristique que l’on ne retrouve que très rarement sur d’autres exemples publiés de tambours de la baie de Geelvink. Seule une pièce recueillie par A. J. Gooszen sur l’île Sowèk [1] au début du XXe siècle [2] et conservée au Rijksmuseum voor Volkenkunde de Leyde peut lui être comparée. Les bras incurvés de la figure se terminent par des mains posées sur le ventre, alors que la figure du musée de Leyde a les bras pliés devant le torse.

La figure korwar fait référence aux liens spéciaux établis entre le monde des humains et celui des ancêtres. Les voix des ancêtres se faisaient entendre à travers le son des tambours que les hommes frappaient à l’occasion de fêtes et de cérémonies. Ils accompagnaient souvent des danses célébrant par exemple la naissance du premier fils du chef ou exécutées pour fêter une bonne capture de tortues.

Un motif de volutes, partiellement ajouré, orne l’arête prolongeant la partie inférieure de la poignée. Ce type de décor est assez courant [3], mais le motif est parfois plus grand et plus sophistiqué [4]. Peut-être que la poignée et le décor curviligne qui la prolonge font référence au mythe du serpent terrassé. L’arête située autour du tambour, dans sa partie inférieure, était censée avoir une fonction protectrice comparable à celle de la ceinture portée par le chef. De Clercq et Schmeltz (1893, pl. 33, fig. 5-18) présentèrent une série de tambours de la baie de Geelvink [5], la plupart en forme de verre à pied.

Il existe également des tambours en forme de sablier, par exemple sur la côte de Waropèn (Kunst, 1967b, pl. 1). L’ouverture dans la partie supérieure des tambours était habituellement recouverte d’une peau de varan. On utilisait également des peaux de kangourous (des arbres) et, pour les tambours plus grands, des peaux de chèvres ou même de cerfs que l’on importait de Tidore. Les extrémités des peaux étaient collées au bord supérieur du tambour et parfois également maintenues avec des anneaux en rotin [6] qui ont disparu de la plupart des pièces publiées [7].

La rangée d’« écailles » ou de « lamelles » gravées sur la circonférence du fût (au même niveau que l’extrémité du prolongement supérieur de la poignée) et reprise à l’envers à la base de la caisse ressemble beaucoup aux lamelles de forme similaire appliquées pour renforcer le tambour. Ces lamelles sont fixées à la surface extérieure de la caisse, comme on le voit sur des tambours de la côte septentrionale voisine de la péninsule de la Tête d’oiseau [8].

Pour maintenir la peau en place, on utilisait également des espèces de chevilles en bois [9] . La ressemblance entre les ornements de la poignée (au-dessus et au-dessous) de ce tambour et ceux de la pièce de Leyde, de l’île Sowèk, ainsi que la proximité géographique de ce lieu avec la côte nord de la péninsule de la Tête d’oiseau (d’où proviennent les tambours à « lamelles ») permet de supposer que cette pièce est originaire des îles Schouten (Biak, Supiori, Sowèk).

[1] Petite île au large de la côte méridionale de l’île Supiori, îles Schouten.

[2] Cf. Van Baaren, 1992, pl. 39 ; cf. également Hoogerbrugge, 1977, pl. 56 pour une photo prise sous un angle différent et permettant de mieux visualiser le motif ajouré.

[3] Cf. ibid. ; De Clercq et Schmeltz, 1893, pl. 33, fig. 5.

[4] Par exemple, ibid., pl. 33, fig. 18 ; Kunst, 1967, pl. 10.

[5] Pour d’autres exemples, cf. Collaer, 1965, pl. 78, deuxième à partir de la gauche ; Kunst, 1967a, fig. 18-19 (publiés pour la première fois in Kunst, 1931, fig. 18-19) ; cf. également Kunst, 1967b, pl. 11, fig. b ; Jolika Collection, 2005, no 545 du cat. Pour un tambour doté d’une poignée (comparativement plus haut placée) se terminant en forme de tête de serpent, cf. ibid., no 546 du cat. Pour une photographie ancienne, prise sur place, d’un « groupe d’hommes avec tambours  », cf. Van Baaren, 1992, pl. 38.

[6] Cf. Van Baaren, 1992, pl. 39.

[7] Par exemple De Clercq et Schmeltz, 1893, pl. 33, fig. 4-7, 14, 18.

[8] Cf. Collaer, 1965, p. 126, et pl. 78, premier à partir de la gauche – également publié in Kunst, 1967b, pl. 11, fig. a ; De Clercq et Schmeltz, 1893, pl. 33, fig. 14.

[9] Cf. Collaer, 1965, pl. 78, premier à partir de la gauche, 79-80.