Tambour

Tambour

La membrane en peau de mammifère, peut-être celle d’un kangourou, est traditionnellement collée grâce à un mélange de chaux et de sang – généralement animal, mais parfois humain [1]. La plupart des tambours conservés dans les collections ne présentent aucun autre matériau ou fixation pour maintenir la membrane en place ou la tendre.

Toutefois, quelques exemplaires montrent que, du moins dans certains cas, la peau n’était pas uniquement collée sur le pourtour du tambour. Certaines fois, elles étaient enserrées par une bande ou des cerceaux en rotin [2]. Ces derniers pouvaient même être maintenus par de petits arceaux en rotin qui enjambaient le(s) cerceau( x) à intervalles réguliers [3].

Avec une telle méthode de fixation, la partie encollée de la membrane était percée aux endroits requis. Lorsque la circonférence du tambour était ainsi percée à intervalles réguliers, une structure plus élaborée pouvait même être adjointe sur le pourtour de la membrane, incluant éventuellement des chevilles [4].

Certains tambours portent encore des vestiges de ces structures avec des brins de fixation qui pendent hors des orifices pratiqués dans la peau de mammifère. S’y ajoutent parfois des bandes ornementales en fibres tordues ou tressées [5]. Sur certains exemplaires, une sangle de transport reste attachée au tambour, comme c’est le cas sur notre pièce [6]. À l’arrière de la barre horizontale supérieure reliant le fût à la poignée, la patte percée qui permet d’accrocher des glands d’ornement est un élément rare. Elle résulte peut-être d’un choix personnel de l’artisan ou du propriétaire initial du tambour.

Selon Wirz, le motif curviligne qui est sculpté sur la moitié inférieure de l’instrument s’appelle Pihui-arir (ornement de guêpe) en référence au nid de ces insectes [7]. Ce motif semble apparaître couramment sur les tambours marind-anim. Son agencement en miroir sur deux rangs – comme c’est le cas ici – est également fréquent, du moins sur les petits instruments. Leur disposition sur trois rangs apparaît aussi de manière régulière, mais seulement sur les grands tambours [8].

Par ailleurs, le décor qui longe la bordure inférieure de notre pièce est inhabituel. En général, il consiste en une ligne en zigzag ou en forme d’ondulation. Ici, il comprend en outre des losanges. Un motif à chevrons peut aussi survenir quoique rarement, de même que des lignes droites.

Certains exemplaires ne présentent aucun motif sculpté à cet endroit. Les deux barres horizontales de la poignée arborent elles aussi un motif qui peut varier, depuis la ligne ondulée comme ici jusqu’à, plus rarement, la rangée continue de losanges accolés. On rencontre parfois une double ligne ondulée [9].

Ces tambours – du moins les grands modèles – portaient manifestement le nom d’un dema particulier, tandis que leur son représentait sans doute la voix de ce héros originel [10]. Selon Wirz (cité in Van Baal, 1966, p. 822), les grands tambours pouvaient atteindre 180 cm de haut, tandis que les petits ne dépassaient pas 60 cm [11]. La différence de taille avait une incidence sur la fonction cérémonielle du tambour.

Ainsi, il faut savoir que les grands tambours étaient utilisés pour des fêtes différentes, et plus importantes, que les petits modèles. D’immenses tambours accompagnaient certains chants et danses (samb-zi) réservés aux hommes, qui figuraient dans toutes les grandes fêtes. Les femmes et les filles se tenaient à l’écart, se contentant de regarder [12].

Quant aux petits tambours, ils servaient pour les danses gad-zi auxquelles se joignaient les filles et les jeunes femmes. Celles-ci « se tenaient debout au centre ou bien marchaient, […] entourées par les jeunes hommes dont certains jouaient sur de petits tambours n’excédant pas 60 cm de haut. Les grands modèles, qui pouvaient atteindre 180 cm, étaient réservés aux danses importantes comme le samb-zi » (ibid., p. 822).

Les deux types d’instruments semblent en outre différer par le fait que les grands modèles présentent aussi des motifs sculptés sur la partie supérieure du sablier, contrairement aux petits. Ainsi les grands tambours arboraient-ils souvent sur leur moitié supérieure une étoile (wajar) ou une roussette (kiu), ou encore d’autres motifs [13].

[1] Wirz, 1922-1925, t. I, p. 83.

[2] Cf. Collaer, 1965, p. 151, fig. 104.

[3] Cf. Kunst, 1931, fig. 26.

[4] C’est le cas sur un tambour de la collection du Rijksmuseum voor Volkenkunde de Leyde (RMV 4616-1).

[5] Cf. Kunst, 1967, fig. 26.

[6] Cf. Meyer, 1995, vol. 1, pl. 77.

[7] Cf. Wirz, 1922-1925, t. I, p. 83, et pl. 25, fig. 6-7 (notices p. XIII) ; cf. aussi Meyer, 1995, vol. 1, pl. 77 ; Collaer, 1965, fig. 104.

[8] Cf. Vertenten, 1915, pl. 18, fig. 1-2 ; Chauvet, 1930, fig. 430 ; Kooijman, 1955, fig. 20 ; Van Baal, 1966, pl. 20-21 ; Meyer, 1995, vol. 1, pl. 77 ; Van Royen, 1996, pl. p. 28. Ces observations, comme les autres comparaisons, se fondent sur les tambours illustrés dans la littérature ainsi que sur onze exemplaires conservés au Rijksmuseum voor Volkenkunde de Leyde.

[9] Cf. Van Baal, 1966, pl. 21 ; Van Royen, 1996, p. 28, illustration à droite.

[10] Cf. un tambour dédié au dema « Geb » selon Vertenten, dans Van Royen, 1996, p. 28, ill. à gauche.

[11] Une photographie de terrain montrant un grand tambour et un petit placés côte à côte donne une bonne idée de la différence de taille, cf. Van Baal, 1966, pl. 20 ; pour un tambour dont la taille semble intermédiaire, cf.Lamster, 1926, p. 373. Le plus grand instrument que l’auteur de cet essai ait pu trouver dans la littérature mesure 152 cm (cf. Jolika Collection, 2005, vol. 1, pl. 508, et vol. 2, cat. no 508).

[12] Van Baal, 1966, p. 824.

[13] Cf. Wirz, 1922-1925, t. I, p. 83, et pl. 25, fig. 6-7 (notices p. XIII) ; cf. également Van Royen, 1996, ill. p. 28.