Les plats cérémoniels en bois étaient employés pour contenir le sagou et d’autres types de nourritures ainsi que pour la peinture. Pour cette dernière utilisation, on préférait les vieux plats fendillés qui avaient déjà servi pour la nourriture. Autrefois, les plats alimentaires prenaient souvent la forme de pirogues miniatures (Schneebaum, 1985, p. 137), et présentaient une forme plus ovale et souvent très profonde [1].
Toutefois, par sa forme rectangulaire, notre exemplaire évoque davantage un bouclier, impression qui est renforcée par les motifs sculptés à l’arrière et sur les bords. En effet, l’extérieur du rebord est entièrement recouvert de motifs curvilignes accolés formant des doubles boucles. Également appelée « motif en S », la double boucle est en quelque sorte un symbole simplifié du corps humain (cf. cat. 173). Au dos du plat sont probablement représentées des roussettes avec leurs grandes ailes recourbées, leur petite tête et leurs griffes [2], peut-être en référence aux ancêtres chasseurs de têtes.
L’agencement des motifs qui recouvrent totalement le dos de la pièce ainsi que les motifs eux-mêmes sont comparables à ceux des boucliers provenant du nord-ouest du pays Asmat, en particulier du groupe Emari Ducur ou de leurs voisins du groupe Unir Siran au sud [3].
En règle générale, le décor d’un plat évoquait également le corps humain en mettant l’accent sur le ventre (la partie creuse du récipient) et sur la tête qui était souvent sculptée à une extrémité (sur cette pièce, elle est remplacée par un personnage masculin entier). Sur ce plat, la position de la figure humaine reflète la fonction traditionnelle de ce type de récipient : « Initialement, toutes les figures étaient tournées vers le haut lorsque l’utilisateur tenait le plat sur ses genoux pour manger. De cette manière, il voyait toujours le ou les ancêtres dont le bol portait le nom. » (Schneebaum, 1985, p. 137a).
Ce personnage rappelle les figures sculptées sur les proues des pirogues, quoique en position verticale, provenant du groupe Unir Siran (nord-ouest du pays Asmat) [4]. Dans les deux cas, les mains collées à la tête sont caractéristiques de ce type de sculpture. Il existe également un lien avec des figures humaines en deux dimensions davantage stylisées, qui apparaissent aussi bien sur des plats que sur des boucliers [5].