Planche non ajourée

Planche non ajourée

Jan Pouwer a souligné que les yamate non ajourées, telle cette pièce de la collection du musée Barbier-Mueller [1], provenaient principalement de la région occidentale du district de Mimika alors que les « yamate ajourées étaient généralement originaires de la partie orientale du district [2] ».

Cette yamate comprend une variante que l’auteur n’a jamais observée sur des pièces similaires  : une tête humaine de profil exécutée en saillie sur l’un des côtés. Comme l’a évidemment noté Barbier (2000, fig. 89), la tête présente des similitudes avec celle d’une yamate ajourée, mais sur cette dernière elle dépasse à peine des bords de la pièce. L’aspect bidimensionnel de la yamate impose peut-être au sculpteur de ciseler la tête de profil, comme sur cet objet.

Cependant, il existe des yamate dont la figure humaine est sculptée dans l’arrondi et de face [3]. La tête est exécutée dans un style semblable à celui des têtes de figures humaines réalisées en trois dimensions pour les (mbitoro cat. 134). Peut-être que la yamate était considérée comme une variante tridimensionnelle et aisément transposable des grandes figures d’ancêtres. C’est probablement la raison pour laquelle la tête n’est pas placée sur l’extrémité supérieure.

En effet, sur les mbitoro, la tête de la figure humaine est toujours surmontée par la flamme ajourée. Comme cela a récemment été souligné, il pourrait y avoir un lien entre les yamate ornées d’une tête humaine et celles comprenant une figure masquée [4]. Les deux motifs de forme ovale placés le long de l’axe vertical sont des mopere, motif capital dans l’art kamoro, symbole du nombril maternel ou de l’essence de la vie [5]. Il est souvent placé au centre, comme dans cette pièce : le sculpteur commence habituellement par exécuter cet élément fondamental, puis développe ses motifs à partir de celui-ci [6]. Comme l’a noté Barbier (2000, p. 168a) : « Il est possible de reconstruire la forme d’un corps humain, au centre duquel est placé le nombril (mopere) [7] . »

[1] Benitez et Barbier, 2000, cat. no 66.

[2] Pouwer, communication personnelle avec Dr Simon Kooijman, citée in Kooijman, 1984, p. 63.

[3] Voir Kooijman, 1984, fig. 48, 50 ; voir également fig. 49.

[4] Observation personnelle, par l’auteur, dans une galerie néerlandaise.

[5] Kooijman, 1984, pp. 57-72.

[6] Kooijman, 1984, pp. 3-4, 57-72.

[7] Comparé avec une yamate « moderne » dont la figure humaine est plus élaborée (voir Smidt, éd. 2003, fig. 110).