Masque composite

Masque composite

La tête, le pectoral et le dos de ce masque complet sont réalisés en macramé avec de la ficelle d’écorce ; les épaulettes et le corselet sont constitués d’anneaux de rotin aminci, tandis que les manches et la jupe sont en fibres de palme de sagoutier. Des plaques ovales fixées par des tiges en rotin tressé forment les yeux. Au sommet de la tête se trouve une sorte de couronne garnie de larmes de Job, d’où partent des houppes de plumes. Une baguette en bois, ornée de plumes blanches et de graines de Job, est attachée à la partie supérieure du masque ainsi qu’à la couronne de manière à surplomber la tête [1]. Les ornements à base de pennes de casoar, de plumes et de larmes de Job, revêtent probablement une fonction de prestige car ils étaient généralement portés par les chasseurs de têtes.

Ce type de masque est réalisé exclusivement dans quelques villages du nord-ouest du pays Asmat tels que Momogu sur la rivière Pomatsj, Jakapis sur la Yerep et Pupis sur la Wasar (un affluent du cours supérieur de la Pomatsj au nord [2]).

Selon des informations récentes, ces masques s’appellent doroe. Dans les publications antérieures, ils sont mentionnés sous le nom de dekewar [3]. Des masques similaires, originaires du village de Pupis, collectés en 1961 par feu Michael C. Rockefeller, sont aujourd’hui conservés au Metropolitan Museum of Art de New York [4].

Les masques sont fabriqués en grand secret dans la maison cérémonielle des hommes pour être utilisés dans le cadre du rituel jiwi puri, qui conclut le vaste cycle je ti de cérémonies initiatiques et mortuaires [5]. La maison cérémonielle du je ti est érigée à l’image inversée de la maison primitive et du cosmos.

Après divers rituels comprenant les apparitions d’une sorte de masque de la mère primordiale, la manipulation de longues sculptures figurant les héros culturels originels (omu) et de poupées faites de végétaux, l’exposition d’une forme simplifiée de poteau bis et l’utilisation d’instruments de musique sacrés tels que le rhombe, le moment est venu pour les défunts de faire leurs ultimes adieux et donc pour les hommes masqués d’entrer en scène.

Leur intervention signifie la libération des esprits des morts pour leur permettre de rejoindre le royaume des ancêtres (Safan). En l’état actuel de nos connaissances, les masques représentent uniquement des personnes récemment décédées et non des ancêtres ou des héros culturels.

Le masque doroe est porté par l’homme – en général le frère du défunt – qui va adopter les enfants du mort et/ou prendre soin de sa veuve. Donnant lieu à beaucoup d’émotions et de larmes, le rituel du doroe constitue l’une des nombreuses expressions de la culture asmat qui témoignent des liens étroits qui unissent les morts et leurs parents vivants [6].

[1] Sur les masques complets provenant d’autres régions du pays Asmat, ces baguettes à plumes sont généralement retenues par des noeuds coulants ménagés derrière la tête et dans le dos ; cf. Smidt (dir.), 1993, pl. 3.11-3.12.

[2] Cf. Konrad, Sowada et Konrad (dir.), 2002, pp. 330-335 ; Helfrich, 1995, pp. 109-110, fig. 6.25-6.32.

[3] Konrad, Sowada et Konrad (dir.), 2002, p. 330 ; Konrad, Konrad et Schneebaum, 1981, p. 169, fig. m.

[4] Cf. Gerbrands (dir.), 1967b, pp. 322-325.

[5] Konrad, 1996a ; Helfrich, 1995, pp. 95-101.

[6] Une description de première main de cette cérémonie, exhaustive et abondamment illustrée, figure dans Konrad, 1996a, pp. 178-214 ; cf. également Helfrich, 1995 pour un résumé.