Le masque est réalisé à partir d’une structure en rotin, sur laquelle on tend un tissu en fibre d’écorce et que l’on badigeonne de chaux (mupiri). Ce pigment est obtenu en faisant griller des coquillages sur un feu, puis en les réduisant en une fine poudre que l’on mélange avec de l’eau. Un bâton prolongé par des plumes est fixé au sommet du masque.
Les yeux sont percés. Une jupe en fibres de feuilles de sagoutier (tawri) est suspendue à la structure en rotin afin de dissimuler le corps de la personne. Le masque est orné de chapelets de graines de Coix qui dessinent les yeux et le visage. La bouche ouverte et les mâchoires de ce masque en forme de museau font penser aux mâchoires d’un crocodile et font peut-être référence au monstre évoqué dans les mythes qui, contre toute attente, donne la vie après avoir été tué par un héros.
Dans ce cas, le masque proprement dit était peut-être considéré comme le crâne (kao) de l’esprit du crocodile, activé pendant le rituel. Le masque et la jupe recouvrent pratiquement l’intégralité du corps. Seuls les bras et les pieds sont exposés.
Les hommes uniquement fabriquent et portent ces masques, qui sont interdits aux femmes et aux non-initiés. Ils sont fabriqués par les aînés, dans un isolement complet. Ils ont hérité du droit de les fabriquer, avec l’aide d’élèves ou d’assistants. Ce masque n’est peut-être pas très ancien, mais son existence atteste de l’importance de ces objets pour les Kamoro.
Avec les figures d’ancêtres et les boucliers, les masques ont remarquablement résisté à l’influence des missionnaires, des autorités néerlandaises puis indonésiennes, contrairement à plusieurs autres objets cérémoniels. Alors que certains masques sont réalisés en cordes de fibres, d’autres sont fabriqués, comme ici, en rotin ou en osier tressé [1] et en tissu de fibre d’écorce, ou avec d’autres matières végétales [2].