Cette sculpture monoxyle représente une figure anthropomorphe masculine avec un calao perché sur la tête. La figure se tient droite, les épaules en arrière ; elle est nue, exception faite des ornements, peints ou incisés. Les jambes sont massives, droites, et la division entre les cuisses et les mollets est fortement marquée par les genoux, exécutés en saillie. Les pieds reposent sur une petite plate-forme et les orteils sont indiqués à l’aide d’incisions. Les bras, sur lesquels des bracelets en coquillages ont été ciselés, sont légèrement repliés vers l’arrière, les mains posées à la jonction entre les cuisses et les hanches (comparer avec les autres sculptures cat. 22, 26 et 27). Réalisées en relief, les épaules sont solidaires de la partie supérieure du torse et des bras ; dans le dos, elles dessinent un motif en forme de fer à cheval.
Presque sans cou, le visage recouvert d’ornements faciaux peints est légèrement allongé. La tête est surmontée d’une coiffe, exécutée en relief. Le calao est facile à reconnaître grâce à la forme spécifique de son bec et à l’indication des rides à la racine du bec. Les ornements, tels que le collier et le brassard en coquillages, sont indiqués à l’aide de peintures ou d’incisions. On remarque également le motif étoilé (kun) sur le côté de la cuisse droite, qui fait écho à celui du masque en vannerie (cat. 25). L es sculptures en trois dimensions représentant des figures anthropomorphes étaient courantes dans la région de Maprik. Les waapinyaan, comme on les appelle (« fils [nyaan] des ignames longues [waapi] », qu’ils soient de sexe masculin ou féminin) sont des représentations de l’esprit totémique du clan, nGwaal. Exécutées pour être présentées à l’intérieur de la maison cérémonielle et vues par les initiés, elles n’étaient pas les esprits proprement dits, mais une forme de leurs manifestations matérielles.
Les motifs colorés, ainsi que les indications de peintures faciales et d’ornements corporels, notamment les coquilles de tridacnes, renforcent les liens entre ces figures et la parure que portent les initiés à la fin de la période d’isolement, et qui les transforme en manifestations de ces forces procréatrices invisibles.
À l’instar de ce qui se passait pour les représentations d’esprits en Mélanésie, une fois qu’elles avaient été utilisées dans le cadre de ces cérémonies, les images perdaient souvent de leur valeur et pouvaient ainsi devenir accessibles aux collectionneurs occidentaux.
L’association de figures anthropomorphiques avec un (ou deux) oiseau(x) perché(s) sur leur tête est une caractéristique assez courante dans la région. Bien qu’elle puisse faire référence à l’oiseau totémique (jaambu) d’un clan, la représentation d’un calao au sommet d’une figure semble plus générale. Les calaos (paal) jouent un rôle important car ils annoncent la récolte prochaine des ignames. Associés au soleil, ils servent également de modèles pour des figures plates sculptées et accrochées sur la façade des maisons cérémonielles.