Comme les autres vallées des Hautes Terres, la vallée de Mendi est fortement peuplée. L’introduction de la patate douce, il y a quelque quatre cents ans, entraîna probablement un accroissement notable de la population humaine et porcine puis l’extension des terres cultivées. La compétition pour les terres a pu alors y être forte. Il ne semble pas cependant que cette région ait connu de grandes guerres mais des affrontements qui, fortement ritualisés, ne regroupaient que quelques centaines d’hommes.
La pratique la plus courante prenait la forme d’embuscades ou de raids de quelques dizaines de combattants réunis pour venger un mort. Tous les groupes de cette région fabriquaient des boucliers d’écorce rectangulaires (shomo) ou des boucliers en bois. Ces derniers présentent deux formes : les boucliers ovales, appelés wörrumbi, dont la taille usuelle oscille entre 80 et 90 cm (quelques boucliers peuvent cependant atteindre 150 cm), sont portés à l’épaule ; les boucliers appelés eláyaborr se caractérisent par une encoche placée à leur sommet, encoche permettant de passer le bras pour maintenir le bouclier plaqué contre le corps.
C’est à cette dernière catégorie qu’appartient le bouclier de la collection Barbier-Mueller. Tous les boucliers de cette région sont peints. L’exemplaire de la collection Barbier-Mueller présente une zone centrale peinte en rouge. Cinq formes, cernées d’un trait incisé et souligné de blanc, apparaissent en réserve sur les bords de l’objet. Ces surfaces, d’une couleur naturelle brun-noir, sont incisées de petits traits alignés. Visuellement, l’effet obtenu est des plus curieux : la forme rouge apparaît en retrait.
Cette forme rouge évoque vaguement une figure humaine. Plusieurs ethnologues qui ont mené des recherches dans des groupes voisins des Mendi ont souligné que les habitants de cette région se refusent à interpréter ce type de motif comme une figure humaine. Cette lecture n’est pourtant pas une simple conjecture. Si les formes humaines sur les boucliers sont rares chez les Mendi, elles sont attestées sur les boucliers des groupes voisins, comme les Wola. D’après Sillitoe, la présence de cette figure exprimait l’obligation de revanche d’un clan suite à la mort d’un parent pendant une guerre. Sillitoe précise que le combattant qui arborait un bouclier orné d’une figure peinte en rouge signalait à ses ennemis qu’il avait tué un homme lors d’un combat précédent et n’avait pas d’esprit de revanche.
A contrario, si la figure était blanche, l’homme avait perdu un parent lors d’un précédent combat et devait se venger. Il était donc dangereux. Ces boucliers sont proches dans leurs formes de ceux de la région du Purari ou d’Orokolo. Aucune route d’échange direct entre ces deux régions n’est cependant attestée.