Bouclier

Bouclier

Par sa forme phallique avec son gland marqué dans sa partie haute et son décor, ce bouclier [1] est représentatif des exemplaires provenant du groupe Emari Ducur dans la région nord-ouest du pays Asmat. Toutefois, « on trouve une iconographie tout à fait similaire sur les boucliers des villages de l’Unir Epmak et de l’Unir Sirau » (Konrad, Sowada et Konrad, 2002, p. 198b), à l’est et au sud du territoire Emari Ducur (ibid., p. 184a).

Le décor se caractérise par ses cinq grands motifs de roussette (tar) aux ailes recourbées qui sont répartis le long de l’axe vertical. Ce motif, l’un des principaux symboles de la chasse aux têtes, est généralement associé à un ancêtre masculin. Suivant Gerbrands (1967b, p. 177) : « Chaque paire de tar représente vraisemblablement un personnage humain ou un ancêtre. »

Autour des roussettes, l’espace est rempli de nombreux petits motifs curvilignes, dont les motifs typiques de la bordure, séparés de la zone centrale du bouclier. Parmi cette multitude de petits motifs figurent peut-être des symboles tels que l’ornement de nez en coquillage (soka), la queue de couscous (fatsjep), la queue d’opossum (fri epmak) et le sternum de cochon (ufu pek) [2].

La partie supérieure arrondie du bouclier représente vraisemblablement une tête de raie (puru) ou celle d’une tortue (mbu) [Schneebaum, 1985, p. 183]. En général, les yeux circulaires sont placés au centre de la partie arrondie et non dans la zone juste au-dessous comme cela semble être le cas ici.

Contrairement aux boucliers de la région centrale du pays Asmat, ceux du nord-ouest comme celui-ci étaient rarement endommagés ou détruits à la mort de leur propriétaire. En effet, ils étaient transmis de père en fils lors d’une cérémonie dirigée par le chef de guerre du village [3].

[1] Benitez et Barbier, 1998, cat. no 67.

[2] Cf. Schneebaum, 1985, pp. 183-184, 187-188.

[3] Konrad, Konrad et Schneebaum, 1981, p. 47b.