Bouclier

Bouclier

Il existerait au moins deux autres types de boucliers de guerre, respectivement en forme de sablier à panneaux rectangulaires, et un type de bouclier de « jeu [1] » dans la région de la baie de Geelvink (Barlin, 2005, p. 28). Cependant, Van Baaren (1992, pl. 29) [2] présente un bouclier de l’île de Ron, au sud-ouest de la baie de Geelvink, presque semblable à la pièce exposée ici, qu’il qualifie de « bouclier de danse ». Peut-être que le « bouclier de danse » correspond à un quatrième type ou des « boucliers de guerre » en forme de sablier pouvaient également être utilisés comme bouclier de danse.

Le bouclier est orné de motifs polychromes, peints en forme de volutes, et possède au verso une poignée verticale taillée dans le bois du bouclier. La poignée fait partie d’une arête qui s’étend sur toute la longueur de l’axe vertical de la pièce, s’élargit au niveau des extrémités et se poursuit au-delà des bords du bouclier. Sur une moitié de l’axe vertical, le sculpteur a ciselé un serpent au corps sinueux qui fait peut-être référence au serpent mythique.

Il existe également des boucliers similaires dont les motifs en volutes sont ciselés et rehaussés avec de la chaux (Barlin, 2005, fig. 3.1). Ce bouclier en forme de sablier a probablement été inspiré par des objets provenant du nord des Moluques (de Halmahera, par exemple) et indirectement, par des pièces d’autres régions de l’est de l’Indonésie. Ces derniers objets sont habituellement plus incurvés que les pièces de la baie de Geelvink dont le bouclier présenté ici [3]. Il existe cependant des exceptions (cf. Barlin, 2005, fig. 3.1).

La forme du sablier, la section plus large au niveau du centre (qui, dans ce cas, est subdivisée en quatre sections créant deux paires symétriques), les motifs de volutes rouges et blancs sur fond noir, et l’alternance des motifs rouges et blancs sont des caractéristiques typiques de ces boucliers.

Parmi les exceptions, il convient cependant de citer un bouclier dont l’intégralité des volutes a été remplacée par des losanges [4] ou des pièces sur lesquelles la section centrale a été omise [5]. Alors qu’un motif de cercles concentriques orne la partie centrale d’un tambour de la Jolika Collection (2005, no 534 du cat.), le bouclier de la collection Barbier-Mueller comprend un petit carré.

Ce motif central est peut-être lié à un décor comparable (mais avec le centre du cercle ou du carré surélevé, tel un bouton) figurant sur des boucliers en forme de sablier de l’est de Sulawesi [6], et sur des boucliers d’autres formes, originaires d’autres parties du Sud-Est asiatique insulaire [7]. J. P. Barbier (2000, p. 166) a attiré notre attention sur le lien entre les motifs de volutes peints sur les boucliers semblables à celui-ci et les « spirales asymétriques [qui] sont également représentées sur un certain nombre de pièces sculptées originaires de Leti et de Tanimbar, îles situées au sud-ouest de Moluques ».

Une comparaison peut également être établie entre les « boucliers  » ajourés de certaines figures korwar et les panneaux ornant les proues de pirogues (ibid.). Concernant les proues, il convient d’ajouter que, outre les motifs de volutes, la structure d’ensemble des motifs présente certaines similitudes : dans ce bouclier et dans deux des panneaux d’un ornement de proue (cat. 1) [ou d’autres pièces décrites dans les ouvrages spécialisés], on distingue une succession verticale de formes en V. Cette forme pourrait peut-être représenter la gueule ouverte du serpent mythique.

[1] Utilisé comme protection pour certains jeux impliquant un lancer (De Clercq et Schmeltz, 1893, pp. 146-147).

[2] Également publié in Jolika Collection, 2005, no 534 du cat.

[3] Cf. Barbier, 2000, no 63 du cat., et fig. 84, pp. 162-163 ; Tavarelli, 1995, no 10 du cat.

[4] Cf. De Clercq et Schmeltz, 1893, pl. 30, fig. 10 ; cf. également ibid., pl. 28, fig. 10.

[5] Par exemple Tavarelli, 1995, cat. no 28.

[6] Cf. Barbier, 2000, pp. 158-159, no 61 du cat.

[7] Ibid., nos 52-54, 56 du cat.