Récipient

Récipient

À de nombreuses reprises, Pierre Amiet a signalé les échanges commerciaux et culturels ayant eu lieu entre les régions transélamites de l’Iran, le Balouchistan iranien et pakistanais, la Bactriane (Oxus), la Turkménie russe et iranienne et enfin le versant occidental de la vallée de l’Indus, aux environs de Mehrgarh, à une époque antérieure au développement des civilisations urbaines de l’Indus (Mohenjo-daro, Harappa) qui s’épanouissent dès la fin du IIIe millénaire avant notre ère.
Un exemplaire de récipients semblant avoir été « inventés » en Bactriane a été retrouvé dans le « trésor de Quetta », tout proche du chantier archéologique de Mehrgarh, daté d’environ 2000 avant J.-C [1]. La découverte dans le même « trésor » d’un fragment d’une « princesse de Bactriane » [2] renforce la certitude de vastes réseaux de communication, attestés aussi par la présence de calices sur pied, dont des versions de céramique grise ont été retrouvées à Mehrgarh même [3] et aussi en albâtre dans une couche plus récente du site de Quetta (vers 1900 avant J.-C.) [4].
La présence de mêmes calices à Tépé-Hissar, à Altyn-Tépé en Turkménie, et à Shahdad en Iran oriental, s’inscrit dans l’expansion de la civilisation transélamite qui « essaima vers ce que nous appelons l’Iran extérieur, de façon à créer une communauté culturelle très vaste et qui se superposa aux formes élémentaires des diverses civilisations régionales : à Bampur au sud, au nord à Tépé-Hissar et dans la plaine du Gorgan, et à Altyn-Tépé. Les antiques Margiane (Murghab) et Oxus (Bactriane) furent comme colonisées face au monde des nomades de l’Asie centrale [5] ».
Il va de soi que ces mouvements ne furent pas à sens unique. Les Élamites, bâtisseurs de forteresses, véhiculèrent des objets manufacturés par les gens chez lesquels ils choisissaient de s’installer. Les occupants de Mehrgarh et de Quetta, s’ils ont importé calices d’albâtre et « princesses de Bactriane », ont aussi dû exporter leurs créations.
Il se passera bien du temps avant que l’archéologie ne nous donne les réponses que nous sommes anxieux de connaître, d’autant que les sites sont dispersés sur d’immenses distances, parfois désertiques, la difficulté la plus importante venant de tribus incontrôlables vivant des fouilles clandestines (elles ont ravagé le site de Mehrgarh et monopolisé durant plusieurs années la vallée aux nécropoles de Jiroft, dans le Balouchistan iranien, dans laquelle les chercheurs de Téhéran n’ont pu se rendre qu’après plusieurs années, une fois obtenue la protection de l’armée).

[1C. Jarrige, cat. exp. Paris 1988-1989, p. 116, fig. de droite.

[2C. Jarrige, ibid., n° 162

[3C. Jarrige, ibid., n° 113, période VII, vers 2700 avant notre ère.

[4C. Jarrige, ibid., n° 168-169.

[5P. Amiet, ibid., p. 194 sq.