Le traditionnel némès, porté par le souverain, était constitué d’une étoffe blanche, striée de bandes rouges, maintenue par un bandeau doré, laissant apercevoir la chevelure devant les oreilles. Derrière la tête, l’extrémité circulaire de cette coiffe, ouverte pour le passage d’une tresse, invite à écarter l’idée que cette tête ait appartenu à un petit sphinx. La cassure suggère plutôt l’existence initiale d’un pilier dorsal, indiquant, par là, que la statuette devait être celle d’un personnage debout.
En outre, les dimensions réduites de cette tête empêchent d’y chercher un « modèle de sculpteur », dont les attestations devinrent courantes à partir du IIIe siècle avant J.-C. La tête royale, identifiée par les traces d’un uraeus situé au-dessus de l’attache frontale du némès, a conservé les trous de fixation du cobra dressé, ainsi qu’une des boucles du serpent.
Le visage du souverain révèle, pour sa part, une exécution soignée et très raffinée, qui, tout en offrant des traits idéalisés, n’en porte pas moins l’empreinte d’une certaine jeunesse. Le visage est joufflu, avec des yeux allongés, stylisés par un double trait, finement détaché des paupières. La bouche est bien dessinée, avec la naissance de la gouttière labio-nasale sous le nez, malencontreusement brisé. Il se dégage néanmoins de ce visage détendu l’impression d’une sérénité tranquille.
Or, une analyse récente de l’évolution de la statuaire ptolémaïque [1] a mis en évidence le développement de plusieurs tendances artistiques, au nombre desquelles on relèvera celle de l’embonpoint des jeunes souverains, qui fut en vogue durant les IIe et Ier siècles avant J.-C. Sans prétendre identifier formellement ce visage aux portraits connus des Ptolémées V-VIII, il est assez tentant de situer chronologiquement cette tête royale dans une période de temps comprise entre le IIe et le Ier siècle avant J.-C.
[1] Cf. Stanwick 2002, p. 56-57 et 69-71 ; cf. également Bothmer 1987, p. 88-92.